Quand l'ange de la nuit s'en va et que l'ange du jour n'est pas encore venu, à l'heure du changement d'ange, l'homme connaît une grande angoisse. […] La foi qui ne se raconte pas d'histoires est un entre-deux, un entre-deux-anges : l'ange du réconfort de l'agonie et l'ange de la proclamation de la Résurrection, la plus belle des incertitudes. Ne pas manquer l'heure du changement d'ange : elle est vraie, je ne puis douter qu'il en est ainsi1.

Lorsqu'il écrit ce magnifique texte, Bernard Feillet ne doute pas que l'heure du changement d'ange se fait attendre. Nous passons souvent trop vite d'un ange à l'autre, de la passion de Jésus Christ à sa Résurrection, comme si elle allait de soi. Et nous sautons par-dessus la longue nuit du Samedi saint. Longue, longue nuit qui dure deux nuits et un jour. Nuit si longue pour celles et ceux qui vivent sans fin à l'heure du Vendredi, pour qui la passion dure bien au-delà d'un jour, bien au-delà du supportable. Nuit interminable de celles et ceux qui n'ont jamais vu la couleur de l'ange du réconfort de l'agonie, qui n'ont pas entendu sa voix, ni perçu son souffle si léger, et stationnent dans le brouillard épais du deuil, sans voir comment sortir de cette purée de pois.

Écrivant