Moines, religieux et consacrés sont, dans l'Eglise de ce temps, confrontés à de nouveaux défis, dans leur désir de vivre l'Annonce et de rendre témoignage au Christ ressuscité. Dans cette chronique à plusieurs voix, certains d'entre eux racontent ce qui change, dans la visée de la mission comme dans la manière de l'entreprendre, en lien étroit avec les membres d'autres instituts ou avec des laïcs vivant d'une même spiritualité.

Marais et Mignon, Beauvoir-Frontenay, Prahecq-Fors... En juillet dernier, avec d'autres membres de l'équipe LTER (ITinERance apostolique), j'ai été envoyée pour trois semaines dans ces secteurs situés au sud du diocèse de Poitiers. Jacques et Boris (franciscains) ont vécu cette itinérance sur les routes, au gré des rencontres, mendiant de quoi manger et un endroit pour dormir ; Frédéric et Xavier (jésuites), Loïc (dominicain), Elzbieta (franciscaine missionnaire de Marie) et moi-même étions pareillement en itinérance sur les routes, mais en privilégiant davantage le compagnonnage avec les communautés chrétiennes. Si nous avons fait l'expérience de nos différences dans la manière de prier, de rendre compte de la foi, de nous situer dans ce monde, nous avons aussi pu reconnaître combien un même désir de vivre l'Evangile nous anime et constitue l'équipe.
Les personnes nous demandent souvent : « Qu'est-ce que vous venez faire ? » Et la réponse : « Simplement vous rencontrer » fait sourire, mais aussi intrigue ; des sourcils ou des épaules se lèvent légèrement. L'événement de la rencontre comme lieu de révélation, non programmable, sur les « routes de Galilée » est pourtant bien au coeur de l'Evangile. Cette conviction anime chacun des membres de l'équipe apostolique, et le don de la joie vient régulièrement confirmer sa justesse. Joie qui surgit lorsque la rencontre advient au plus profond de notre humanité, à l'occasion de ce qui tisse notre vie quotidienne, dans cet essentiel rejoignant ce qui nous fait vivre et mourir. Il nous est alors donné de faire l'expérience de l'Evangile.
C'est cette femme qui nous partage une situation familiale mortifère. Probablement parce que nous ne faisons que passer et qu'elle ne nous reverra plus, elle finit par dire comme libérée par le poids de sa parole : « C'est la première fois que j'en parle à quelqu'un. » Ou encore Michel qui ayant « repéré des curés » sur la route, nous prend en stop, même s'il « ne croit plus en toutes ces choses-là ». Il est heureux de nous raconter ses retrouvailles avec sa mère après des années de séparation, « elle qui est croyante ». Sans oublier l'enfant assis à côté de moi un dimanche et qui communia « en secret » pour la première fois et dont les grands-parents m'invitèrent à leur table. Ainsi, c'est à travers ces rencontres toutes simples et imprévues, sur la route, ou dans les maisons, lors de repas ou de propositions, qu'émerge cette  « heureuse nouvelle ». Cela suppose une certaine pauvreté effective...
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