Quels repères et convictions m’habitent pour tenir la responsabilité de chef d’établissement dans l’Enseignement catholique et directeur dans une association regroupant une centaine de salariés ? Chef d’établissement d’un collège et lycée de « sous-préfecture », je suis au carrefour de pressions diverses, et particulièrement celle des classements nationaux des lycées, celle des parents dont certains attendent le renforcement de leur système de valeurs et de leur milieu, celle des enseignants qui peuvent souhaiter des classes homogènes et des élèves formatés (porteurs du désir de travailler et respectant les règles de vie). Il y a aussi les pressions économiques, du côté des effectifs ou du sécuritaire (un glissement de l’agir du bon père de famille vers le parapluie d’un risque zéro, ou du principe de précaution). En bref, il me faut être très vigilant dans la lecture d’un dossier d’inscription, sur les divers délits de discrimination qui me guettent : de faciès, de situations sociale, familiale ou économique, de résultats, d’image (à protéger, à valoriser)…
Pour tenir ma vigilance, il y a dans mon histoire deux figures d’hommes et des frères dans la Compagnie.
Un premier, lointain : Don Bosco, fondateur des salésiens. S’il n’est pas contemporain d’un village mondial (avec ses mouvements migratoires ou professionnels), il l’est de l’industrialisation (avec ses déplacements de population), cause d’une grande paupérisation de certaines couches sociales, et de situations dramatiques pour les enfants et les jeunes. Il crée des lieux d’accueil qui se développent en établissements scolaires ou de formation professionnelle pour ces jeunes qui méritent d’être socialisés et préparés à leur devenir d’adultes dans la société.
Le second, plus proche, un de mes prédécesseurs, le jésuite Charles de Sèze. Il était un vrai pédagogue, dans le sens où il était aussi très attentif à l’élève en difficulté, fragilisé ; on dirait aujourd’hui « en dérive ». Il savait, avec ceux-là, chercher le contact, donner une chance, repérer une attente, faire confiance et, de ce fait, rendre confiance ou restaurer une image positive de soi. Un des leviers consistait, lors des sanctions d’intérêt général, à faire le travail avec les élèves. L’un et l’autre vivaient en proximité, donnaient envie, appelaient. Mes frères jésuites sont aussi bien présents, de deux manières.
Il y a les orientations de la Compagnie avec ses priorités : le ministère de la miséricorde, l’attention à la jeunesse défavorisée et aux personnes déplacées. Et il y a la confrontation de nos différences alimentées par nos personnalités, bien sûr, mais aussi par la diversité de nos engagements et de nos solidarités. Je suis obligatoirement interrogé sur les questions sociales, économiques, religieuses, sur l’accueil de l’étranger avec ou sans papiers.
La double fonction – chef d’établissement et directeur – ouvre sur de nombreuses obl...
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