« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? »
Alphonse de Lamartine

Louis se lève et entame une danse maladroite, un peu mécanique, mais sans retenue, ses mains semblant prendre la mesure de son corps. De temps à autre, il regarde Nao, le robot coloré qui diffuse la musique sur laquelle il danse aussi, avec un mélange analogue de mécanique et de naturel. Jamais Louis ne regarde ainsi ses soignants, ni même sa maman, émue et éblouie de voir son fils révéler ainsi la danse qui était en lui. Bien sûr, il est possible d'expliquer qu'un enfant autiste puisse développer des capacités de communication et d'expression par la médiation de cette machine car elle est, au contraire des humains, animée par un algorithme, donc prévisible et infatigable. Nao n'émet pas ces insensibles mouvements du visage et du corps, ces inflexions ténues de la voix qui constituent la trame mystérieuse de la communication humaine, et cela rassure l'enfant. Louis n'est pas dupe de l'artifice et le prend pour ce qu'il est, un objet transitionnel, un médiateur avec les autres humains. Et pourtant, qu'est-ce qui se vit dans ce processus entre l'enfant autiste, les adultes neurotypiques et la machine ? Quelle est la nature de cette relation étrange, déstabilisante parfois, inquiétante ou enthousiasmante, et pourtant quotidienne et familière, qui se tisse entre les humains et leurs objets techniques ?

Faire monde avec les machines

Un robot n'est sans doute pas n'importe quel objet car il a été construit pour être à la fois proche et loin de nous : il nous ressemble, par certaines de nos compétences qu'il imite selon son propre mode d'existence. Le