Les sociétés modernes démocratiques voient se développer une judiciarisation grandissante qui correspond pour beaucoup à une espèce de démission du politique et de ses tâches qu’il confie aux juges. La question est donc posée dans nos sociétés moder­nes : quelles sont les missions que le corps social veut confier à la justice ? Ses exigences ne sont-elles pas contradictoires ? Les juges se trouvent alors, sous peine de déni de justice, en situation de co-produire les normes susceptibles de résoudre les conflits qui leur sont soumis, et non seulement d’appliquer une règle préexistante à son jugement. Des problèmes analogues se posent à la repré­sentation politique si celle-ci veut reprendre la main et enrayer en amont le risque d’une judiciarisation fatale à la confiance dans les institutions publiques.
Bref, au moment où la question du jugement envahit les procé­dures de la société 1, elle est affectée d’un coefficient négatif dans l’imaginaire individuel et social. Elle est chargée du péché d’enfermer les hommes dans leur culpabilité, de les priver de leur liberté et de leur créativité. Elle porte le poids de tous les maux psychologiques qui écrasent les individus. Le christianisme porterait, selon certains, une complicité dans ces griefs adressés au vocable du jugement avec des notions mal comprises comme expiation, satisfaction, substitution, châtiment, péché, jugement dernier et enfer.
 

La place du jugement dans notre foi


Éclairer cette notion du jugement si prégnante dans les Écritures et si importante dans le Credo chrétien (« Il reviendra juger les vivants et les morts ») est urgent. La raison d’une telle tâche est par ailleurs liée à ce qu’est l’homme lui-même : à la différence de l’animal, l’humain pense à ce qu’il est et dans le même temps pose un certain regard sur son comportement. Qu’il y ait jugement, éva­luation, les hommes le perçoivent donc dans l’expérience implicite qu’ils font de tout ce qu’ils vivent.

La figure du procès au centre du Nouveau Testament

Avoir affaire avec Jésus comme croyant, c’est-à-dire comme auditeur (ob-audire : obéir) de la Parole des Écritures, consiste à s’in­téresser à celui qui met en cause les présupposés avec lesquels ses interlocuteurs viennent l’aborder, comme chef de guerre, politique ou guérisseur, etc. C’est le sens de la revendication d’autorité qui qualifiait la prise de parole de Jésus et conférait à son intervention un caractère au moins implicitement christologique. Si Jésus appelait une prise de position à son endroit (un jugement le concernant), c’est en tant qu’il adressait à chacun la question de la vérité de sa vie, comme une vie placée sous le commandement de l’amour, et non sous l’interprétation de la Loi qui justifie la domination des élites religieuses sur les petits de la société.
Les récits évangéliques sont tout...
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