Vrin, MusicologieS, 2016, 424 p, 30 €.

Le livre est exigeant mais sa lecture ouvre l'oreille et le cœur. Elle dispose à une écoute neuve et savoureuse des deux grandes Passions de Bach. Les auteurs, jésuites, enseignent au Centre Sèvres ; ils ont écrit chacun plusieurs articles dans Christus ces dernières années, et ils signent là leur troisième ouvrage réalisé ensemble sur la musique de Bach. Ouvrage d'autant plus attendu qu'il comble un manque : en quoi Bach se fait-il l'interprète des évangiles de la Passion à travers les deux œuvres qu'il livre ? Sur quel chemin spirituel nous conduisent le choix des textes et la musique qui les lie ? Quelle lecture théologique Bach fait-il de la Passion, et que touche-t-elle chez l'auditeur ? C'est en quoi le livre, avec toute sa technicité, avec des analyses fouillées théologiques et musicologiques, est avant tout un ouvrage spirituel : contempler le Christ des Passions de Matthieu et de Jean tel que Bach nous le donne à entendre et à voir, pour en tirer un profit spirituel, nourrissant pour le cœur, la pensée et la foi, aujourd'hui. Les trois parties du livre font entrer dans ce mouvement intérieur : la première nous dispose à l'écoute, grâce la situation historique et stylistique des Passions qu'elle précise. Et on y apprend beaucoup sur les genres littéraires et musicaux, la destination des formes et styles de morceaux, la distribution du texte et des voix, etc., de sorte que l'oreille est prête à entendre des différences, des émotions, des sentiments et réactions qui l'habitent durablement. On entre alors dans la deuxième partie, proprement contemplative : quel Christ Bach nous donne-t-il à voir, à intérioriser ? Quel rôle y joue la prédication de Luther ? Centration sur la personne de Jésus qui attire intimement en saint Jean, mise en scène du Fils affronté au mal pour nous en sauver en saint Matthieu. Le jeu des récits, des chorals et des arias nous lie à lui jusque dans l'intime de notre ressenti, de notre mémoire des sons, des airs et des mots, à l'insu même de notre volonté que pourtant ils travaillent. À l'instar de Luther, Bach fait place à l'auditeur, l'inclut dans sa composition, et c'est la troisième partie du livre : nourrir en nous l'espérance inouïe que dessine la Croix dans nos vies, s'unir au repos de celui qui meurt pour moi et me donne sa paix et sa foi, laisser le plus intime de nous-même dialoguer en silence avec celui qui se fait à la fois si proche et tellement autre. Comme un « colloque » en fin de prière.