Ces vingt-cinq dernières années, de différentes façons, comme supérieure générale de la Xavière, puis comme maîtresse des novices, j'ai été amenée à accueillir et à former des jeunes femmes qui demandaient à entrer dans la vie religieuse, au sein de notre petite congrégation à la dimension contemplative et missionnaire très marquée, au coeur du monde. J'ai aussi beaucoup accompagné — et continue de le faire — des jeunes, femmes et hommes, qui cherchaient leur chemin, leur place, dans l'Eglise et la société. Un certain nombre d'entre eux étaient en recherche de vocation. Cependant, dans cet article, j'évoquerai avant tout les jeunes femmes ayant aspiré à entrer dans la Xavière. Une remarque préliminaire s'impose : quand on parle d'itinéraire de personnes, le risque est grand de tirer des généralités. Or, en matière de vocation, pour la centaine de jeunes que j'ai pu accompagner, aucune généralisation n'est possible : seules des dominantes peuvent être dégagées.
 

Les novices des années 80


Entre 1981 et 1993, j'ai accueilli, en nombre significatif, des jeunes femmes venant de familles non chrétiennes. A un moment donné de leur existence, une expérience spirituelle fulgurante a fait basculer leur vie, avec la radicalité des nouveaux convertis. Elles étaient habitées par une vie spirituelle authentique, réelle, mais sans arrière-fond chrétien, sans enracinement dans une histoire ecclésiale. Elles ont pu rencontrer dans leurs familles une certaine hostilité ou de l'indifférence.
Plusieurs fois, des premiers voeux furent célébrés sans que personne de la famille ne soit présent. Le travail de discernement consistait à vérifier que leur vie spirituelle vigoureuse et les aspirations qu'elles portaient allaient bien avec un appel à la vie religieuse.
Dans la même période sont entrées — proches en cela des novices des générations précédentes — des jeunes femmes issues de milieu familial chrétien. Elles avaient souvent connu un itinéraire de militantes engagées dans l'Eglise, quelques-unes avaient vécu un engagement militant dans la vie professionnelle ou dans la vie associative et sociale. Le lien, l'attachement à leur famille — relativement nombreuse — était souvent très fort, prégnant. J'ai ainsi connu des expériences difficiles avec des parents chrétiens engagés, hostiles, voire très hostiles, à l'engagement de leur fille dans la vie religieuse : ils n'acceptaient pas la nécessaire prise de distance.
Ces années-là ont vu aussi l'entrée de quelques étrangères, qui étaient venues en France pour des études ou qui avaient rencontré la Xavière en Afrique. Force est de constater que ces vocations n'ont pas tenu dans la durée. Les difficultés culturelles étaient trop fortes, et nous-mêmes pas assez ouvertes à l'international. Notre petit institut n'avait pas de communauté dans le pays dont elles étaient originaires et où elles auraient pu se former. Certaines congrégations ont d'ailleurs déci...
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