Nous sommes au début du livre de la Genèse. La lumière ne met pas longtemps à paraître. Quoi de plus normal pour un récit de Création ? Elle en constitue la première étape, défiant le chaos, c'est-à-dire ce qui ne permet pas à la création de se développer et d'abord à ses éléments de se différencier les uns des autres (Gn 1, 2-3). Car la lumière permet de distinguer. Conduire à voir peut faire de la lumière la source de toute création et c'est peut-être pour éviter cette méprise qu'elle-même est vue par celui qui exerce sa douce maîtrise sur la création : oui, Dieu voit la lumière et « c'est bien » (Gn 1, 4a). Ainsi s'inaugure l'espace de vie qui se déploie selon un double principe incontournable, à savoir la séparation – qui évite la confusion du chaos – et l'alternance – qui consacre la différence. La limite étant ainsi posée par l'unique parole, aucun élément de la création ne peut être considéré comme le tout, c'est même leur complémentarité qui est soulignée.

La première séparation ou distinction concerne la lumière et la ténèbre (Gn 1, 4b). Si la lumière est considérée comme bonne, le texte ne précise pas que la ténèbre est mauvaise. Toutefois, isolée, cette dernière ne peut constituer un élément de vie, ce que souligne d'ailleurs l'apôtre Paul dans certaines de ses lettres (Rm 13, 12 ; 1 Th 5, 5). La lumière et la ténèbre s'inscrivent dans une alternance qui rythme le temps. La séparation étant établie, Dieu peut à présent nommer ces éléments. Après avoir appelé la lumière « jour », Dieu nomme la ténèbre « nuit » (voir Ps 104 [103], 20). Plus loin, le psalmiste défiera cette séparation initiale en rendant hommage au Seigneur grâce auquel la lumière du soleil perce jusqu'aux ténèbres de la nuit : « Et la nuit sera lumière