Nul ne serait-il vraiment prophète en son pays ? François d'Assise ne l'a certes pas été dans sa propre famille : son père, qu'il a rejeté, a fini par le maudire et son frère Angelo se moquait ouvertement de ses options radicales. Très vite pourtant, des centaines d'amis, de voisins et d'habitants de son Ombrie natale le rejoignirent dans son choix de vie et formèrent un ordre religieux auquel il n'avait au départ jamais songé.

François d'Assise le Poverello (« petit pauvre ») ne s'est jamais pris pour un prophète. Mais, par bien des aspects, ses actes, sa vie et ses paroles ont été prophétiques au XIIIe siècle et le sont encore : une prophétie par l'exemple. Par les « oui » et les « non » d'une brève existence (2026 sera l'année du huitième centenaire de sa mort à 44 ans).

Le « oui », d'abord, à l'appel à la pauvreté. Non point à la misère, cette pauvreté subie par celles et ceux qui n'ont jamais eu le choix, mais à la désappropriation et à la sobriété volontaire. L'appel ressenti par François, avant même qu'il renonce à cette jeunesse dorée dans laquelle la fortune de son père l'avait installé, c'est celui de « Dame Pauvreté », expression que le Poverello n'hésita pas à employer avec enthousiasme, tout imprégné qu'il était de la littérature courtoise de son époque. Ce choix du dépouillement, du lâcher-prise, était considéré par François, comme la condition absolue, non négociable, d'une proximité avec Dieu. Rien ne devait y faire obstacle. Rien, personne, ni même son père Pietro Bernardone qui, après avoir l'avoir traîné en justice pour avoir joué les Robin des Bois en allant vendre des étoffes de la boutique paternelle pour aider à la reconstruction d'une église en ruines, se vit infliger un camouflet cinglant par son propre fils jetant à ses pieds son or et ses vêtements, et, pire encore, se vit récuser la qualité de père, seule réservée, pour le futur saint, à son Père des cieux.

Avec ce refus d'une route toute tracée (Pietro Bernardone avait mis tous ses espoirs en ce