Lorsqu’on pense à des figures de prêtre dans la fiction, deux noms viennent aussitôt aux esprits francophones : Bernanos et Don Camillo, qui font remonter un temps d’avant la crise des vocations, un temps où le prêtre faisait partie du paysage social et culturel ! Dans son étude sur ces « prêtres de papier », Frédéric Gugelot peut écrire que si, après les années 1960, la place du clerc n’a pas perdu en force au sein du catholicisme, « c’est dans l’imaginaire qu’il a perdu, pour l’instant, le combat[1]. » Et pourtant, il faut y regarder à deux fois, ou plutôt élargir le domaine d’études au-delà des seuls romans, pour voir que le prêtre n’a pas totalement disparu de l’imaginaire contemporain. En effet, si dans les romans actuels le prêtre se fait rare, il n’en va pas de même ailleurs, sur les écrans notamment. Nous nous proposons, à partir de quelques exemples, de voir comment les fictions – romans, films et bandes dessinées – représentent le prêtre[2]. Ces œuvres, qu’elles aient connu ou non du succès, témoignent des attentes spirituelles, religieuses de notre temps.
 
 

Des héritiers de Bernanos ?

 
 
Avant Bernanos, la littérature s’était surtout intéressée au « bon curé », notamment au « curé de village » : Balzac, mais aussi Flaubert, Zola, Hugo ou Eugène Sue en firent un personnage secondaire récurrent. Ce curé de la littérature française du XIXe  siècle prend sa place dans la série des notables de province, qu’il s’agisse de les dénoncer ou de les admirer.
Barbey d’Aurevilly, avec Un prêtre marié (1864) a signé l’entrée du prêtre – et non plus du seul curé – dans la littérature moderne. L’abbé Donissan (Sous le soleil de Satan), l’abbé Chevance (L’Imposture), le curé d’Ambricourt (Journal d’un curé de campagne) de Bernanos y ont trouvé leur modèle. Il ne s’agit plus de brosser un type social mais, comme l’a si bien dit André Malraux, de dire « le poème du sacerdoce, donc du surnaturel ». Les années 1950 virent une génération de romanciers se lancer dans le « roman de prêtre », avec Graham Greene, Carlo Coccioli, Roger Bésus, Julien Green, Gilbert Cesbron, Morris West… Les prêtres de ces romans sont des hommes sans autre qualité que leur sainteté : médiocres, ils offrent toute cette médiocrité à Dieu, au cœur de leurs paroisses. Ils sont seuls dans le monde dont le drame – le combat de Dieu et du Diable – se joue en eux.
Ce type de prêtre n’a pas tout à fait disparu. Des bandes dessinées comme Le Curé de Laurent Lacoste et Christian De Metter (2001-2003) ou Un ver dans le fruit de Pascal Rabaté (1997) le mettent en scène. La vignette finale d’Un v...
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