« 10 heures 30 : messe de rentrée et bénédiction des cartables. » Peut-être votre feuille paroissiale indiquait-elle aussi cela en septembre et avez-vous vu des nuées de petits avec des cartables plus grands qu'eux venir auprès de l'autel sous les regards attendris de leurs parents. Les bénédictions semblent en effet avoir le vent en poupe et se multiplient : cartables, personnes dans une nouvelle mission, animaux autour de la Saint-François-d'Assise, le 4 octobre, sans parler de ceux qui font bénir leur nouveau logement ! Si elles sont appréciées, elles sont aussi parfois remises en question : de quoi s'agit-il ? D'une forme nouvelle de superstition protectrice, comme l'étaient les amulettes païennes, mais christianisée ? Pourtant, chaque célébration se termine bien, elle aussi, par une « bénédiction » ! Aussi y a-t-il certainement à dépasser une opposition apparente afin d'entrer dans le sens de ces bénédictions.

Ouvrir le Livre des bénédictions, qui propose des temps de bénédictions pour diverses occasions, personnes et objets (des associations d'entraide aux moyens de transport, en passant par les malades de tous âges !), est éclairant : c'est bien toute la vie, dans la diversité de ses moments et de ses actions, qui est concernée et ces bénédictions peuvent alors nous tracer un chemin. De fait, l'introduction rappelle le fondement primordial de toute bénédiction : Dieu, « le seul bon qui a bien fait toute chose, lui qui veut que toutes ses créatures soient comblées de ses bénédictions1 ». C'est pourquoi les bénédictions doivent avant tout être considérée comme des signes qui « entendent illustrer et doivent manifester la nouveauté de vie dans le Christ [...] orientée vers la louange et l'exaltation de Dieu et ordonnée au bien spirituel du peuple de Dieu2 ». En effet, même la bénédiction des objets oriente vers le bien des personnes par l'action qu'elles pourront ensuite effectuer grâce à eux, en vue du bien du plus grand nombre.

Pourtant, elles ne semblent pas vitales puisque Dieu ne cesse de nous bénir et peuvent simplement nous inciter à vivre dans ce climat de bénédiction : convient-il alors de lier cette croissance du nombre de bénédictions à une recrudescence de la piété populaire ? Avec la théologienne Élisabeth Parmentier, nous remarquons plus profondément, dans notre société contemporaine, « cet étrange désir d'être bénis ». Dans l'ouvrage éponyme (Labor et Fides, 2020), elle montre notamment combien ce désir naît de notre besoin profond de reconnaissance. Même si nous le savons, nous, croyants, sommes des êtres incarnés, ayant besoin d'entendre par nos sens que nous sommes aimés et bénis par Dieu, de surcroît quand cette bénédiction n'est pas liée à une réussite mais plutôt à un projet ou à une vulnérabilité et s'étend à des objets compris presque comme des prolongements de nous-mêmes. Ne réduisons cependant pas la portée de cette bénédiction à notre seule personne : dans la Bible, elle est en effet profondément corrélée à la mission confiée. Ainsi, si nous recevons la bénédiction, c'est afin de devenir nous-mêmes autant de bénédictions pour les autres. Et cela est particulièrement précieux dans notre monde où les réseaux sociaux numériques, en particulier, peuvent bien souvent tordre la parole et la transformer en autant de malédictions qui désunissent. Retrouver le sens de la bénédiction, de ce « dire du bien » au sens étymologique, nous ouvre au contraire à la gratitude et ne peut que nous encourager à cette conversion vers davantage de communion : si Dieu dit du bien de nous, à nous de savoir bénir les autres !

1 Livre des bénédictions, « Préliminaires généraux », § 1.

2 Ibid., §§ 10-11.