Dom Helder Camara, archevêque d’Olinda et Recife (Brésil) de 1964 à 1985, prenait très au sérieux l’Incarnation. Aussi était-il attentif au monde et spécialement aux souffrances des hommes et femmes de son temps. C’est pourquoi, à Paris en 1970, il exhortait les partisans du service du frère à l’action pour les transformations sociales : « Vous avez raison de penser à nous qui souffrons au Brésil. Mais si vous voulez que la situation change en Amérique latine, il faut que vous commenciez par changer dans votre pays les structures sociales et politiques qui conduisent à l’injustice et à l’inhumanité. » Quarante ans après, ce discours résonne au cœur de la réflexion sur la diaconie qui doit, encore bien davantage aujourd’hui, s’inscrire dans l’interdépendance que crée la mondialisation. En 2013, la diaconie vise aussi la perspective des changements sociaux, économiques, politiques et spirituels.
 
Celui que le pape Jean-Paul II appelait paternellement « mon cher évêque rouge », mais qui ne fut jamais nommé cardinal, fut profondément converti par la rencontre avec les plus pauvres. Il ne s’agissait pas pour lui d’ajouter un volet social à sa démarche de foi. L’enjeu fut toujours celui de la rencontre de Jésus, le Christ, son compagnon de vie. « Quand on écoute cette voix du Christ : “J’ai eu faim, j’étais malade, j’étais en prison”, dans l’évangile de Mathieu 25 […] alors que l’on rencontre un pauvre, une personne tombée dans une situation qui nous rebute, au lieu de rencontrer un animal on rencontre le Christ : c’est le visage du Christ » (Croire, c’est simple, 1988).
Dom Helder se levait chaque nuit à deux heures du matin pour prier. Et ce « n’était pas un sacrifice », précisait-il. Il ne faisait que commencer sa journée avec le Seigneur. Les rencontres qui suivaient, les décisions à prendre, les messages à envoyer, n’étaient que le prolongement – l’incarnation – de cette rencontre matinale inaugurant et enracinant toute démarche de service. Ce service exige en effet à la fois la disponibilité humble pour rencontrer le plus démuni, la volonté efficace de contribuer à le remettre debout par le secours immédiat, et l’engagement réfléchi de s’attaquer, avec les plus pauvres, aux « structures de péché » qui défigurent l’humanité et la Création. La volonté de tenir ensemble ces trois démarches pleinement spirituelles et politiques explique peut-être l’incompréhension dont souffrait dom Helder : « Quand j’aide les pauvres, on dit que je suis un saint. Mais quand je demande pourquoi il y a de la pauvreté, on me traite de communiste. »
 
À travers la prière, les paroles et les actions de dom Helder, s’éclaire pleinement le mot « libération » dont certains s’effraient mais qui vivifie tout le message biblique. Il n’y a pas de service du Frère sans plongée dans les réalités parfois ambiguës de toute action humaine. Il fut reproché à certains tenants de la théologie de la Libération de se rallier à l’...
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