En 1544, au moment où il écrit à Xavier, Favre était de retour à Cologne, où le pape l'avait rappelé à la demande du nonce Poggio. Tout occupé à conforter le clergé, les étudiants et les bourgeois dans la lutte contre les luthériens, il maintenait la ville dans la foi traditionnelle par ses prédications en latin, les Exercices et les lettres qu'il adressait à la cour impériale. Il y fonda aussi une communauté de jésuites, qui comptait en mai huit confrères. En juillet de la même année, à la demande d'Ignace, il partira de nouveau pour le Portugal. A la même époque, Xavier missionnait dans la région de Cochin, Ceylan et Tuticorin. Les deux lettres que Favre lui avait adressées en janvier et juillet 1544 ne sont jamais arrivées à destination. La première avait été envoyée à Lisbonne, d'où les Pères Criminalis et Lopes, en partance pour les Indes, devaient l'emporter. Mais leur navire avait dû rebrousser chemin. Quant à la lettre du mois de juillet, elle était arrivée trop tard, après l'appareillage de la flotte. Favre, qui se trouvait à Lisbonne le 24 août 1544, reprit possession de ses lettres et les emporta avec lui jusqu'à Rome, où elles furent retrouvées dans les archives de la Compagnie. Ces deux lettres (traduites par Pierre Emonet) comblent partiellement une lacune du Mémorial de Pierre Favre de l'année 1544, à laquelle seuls deux courts paragraphes font allusion. On peut lire d'autres lettres inédites de Favre dans Christus : n" 22, avril 1959 (pp. 240-252) etn" 177, janvier 1998 (pp. 98-105).


Cologne, le 24 janvier 1544

La grâce et la paix de Jésus Christ Notre Seigneur soit toujours dans nos âmes.
Vous aurez appris par d'autres lettres l'effervescence spirituelle qui s'est produite à Louvain durant le peu de temps que j'y ai passé. Aujourd'hui, je voudrais vous parler brièvement des fruits qui en ont résulté.
Quand on a su, à Louvain, que nous allions tous partir, quelques étudiants ont aussitôt commencé à vouloir nous suivre ; ce fut d'abord Maître Pierre Faber 1, un bachelier en théologie, qui a prêché tous les dimanches de l'Avent, et qui était tout disposé à partir pour le Portugal ; en outre, huit autres ont tout abandonné, dans l'intention de rejoindre notre Compagnie ; ils se sont décidés à quitter Louvain avec nous, et à nous suivre où que nous irions. Cinq d'entre eux sont maîtres es Arts : l'un est bachelier en théologie, un autre professeur d'éthique, ce qui lui vaut aussi d'être chanoine de la cathédrale de Louvain, un troisième est théologien depuis un an, un quatrième juriste depuis deux ou trois ans, et le cinquième est régent dans un collège. Les trois autres, qui ne sont pas maîtres es Arts, sont tous de bons latinistes ; l'un veut étudier les Arts, l'autre enseigner la physique et le troisième être pédagogue pour instruire des jeunes dans une école.
A aucun d'entre eux nous n'avons pu donner les Exerc...
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