Dans la situation actuelle où la liturgie se trouve placée au carrefour de tensions entre unité et différences, fidélité à l'ancien et attention au nouveau, l'auteur réfléchit aux liens entre conversion et liturgie.

La liturgie est, par principe et par excellence, un temps et un lieu de rassemblement public des croyants, un moment de rencontre communautaire où les chrétiens « font société » visible. Plus qu'en d'autres temps, sans doute, elle est un lieu de conversion et se trouve placée, pour cette raison, au carrefour de tensions, de choix différents, entre unité et différences, héritage du passé et invention du futur, fidélité à l'ancien et attention au nouveau. C'est dans ce cadre que je propose ici quelques réflexions, forcément « extérieures », sur les liens entre conversion et liturgie.

Le retournement

Mais, d'abord, ce lien entre liturgie et conversion existe-t-il ? On peut répondre empiriquement : il est arrivé dans le passé et il arrive encore que des croyants d'autres religions ou confessions, ou des baptisés devenus agnostiques, indifférents ou athées, sortent « convertis » d'une liturgie à laquelle ils étaient venus par hasard, en entrant dans une église au moment où était célébré un office – messe ou autre – ou quand ils étaient invités à un baptême, une « communion », un mariage ou encore lors de cérémonie de funérailles à l'Église. Il faudrait interroger des catéchumènes d'aujourd'hui pour savoir si cette « conversion – retournement » s'est produite pour eux par le biais liturgique (après tout, c'est le seul visible fréquentable aujourd'hui dans l'espace public). Et, si oui, pourquoi et comment ils ont alors reçu la « grâce de la foi », ou ce qu'ils en ont compris après coup.

Ils diraient peut-être qu'une certitude fulgurante d'être aimés leur est venue d'une parole, d'un chant, d'une musique ou du mouvement même de l'« action liturgique » : après tout, la grâce de la foi, n'est-ce pas cela ? Peut-être diront-ils qu'ils ont eu le sentiment, dans la louange qui parcourt toute liturgie, d'être « créés » par un Autre, faisant ainsi l'expérience de la première phrase du « Principe et fondement » qui ouvre les Exercices spirituels ? Ou alors, dans le marasme d'un quotidien déprimant, ils ont ressenti ce que François de Sales a entendu un jour d'angoisse : « Je ne m'appelle pas celui qui damne. Mon nom est Jésus. »

Décortiquant plus tard ce qui leur est arrivé, ils confirmeront peut-être les réflexions,...

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