Si l'on vous dit « concile », vous pensez certainement à l'un des grands conciles de l'Église : peut-être Nicée dont nous avons récemment célébré les 1 700 ans de jeunesse ou Vatican II pour le plus récent d'entre eux. L'image associée ? Des assemblées imposantes d'évêques produisant des textes normatifs pour tous : et, de fait, c'est bien encore au credo de Nicée que nous nous référons aujourd'hui et c'est bien l'interprétation des textes de Vatican II que nous nous efforçons de vivre et de mettre en musique dans notre Église. Et maintenant ? Après le synode sur la synodalité, les « conciles » sont-ils toujours de saison ?
En termes de sens, un concile et un synode sont exactement la même chose, signifiant tous deux « assemblée, réunion, conseil », le premier dans le monde latin, le deuxième dans le monde grec ! Dans leur mise en œuvre concrète, en revanche, conciles et synodes diffèrent : par leur visée, par l'autorité des textes produits mais aussi par leur échelle. Les conciles que nous avons cités sont des « conciles œcuméniques » qui se tiennent à l'échelle mondiale et prennent des décisions pour l'ensemble de l'Église. Au même niveau se trouve le « synode des évêques » – élargi récemment à des membres autres que les seuls évêques – qui réunit plus régulièrement des assemblées réduites, sur des thématiques précises. Mais, ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas tout ! Il peut y avoir ainsi des « synodes diocésains » et, plus rares, des « conciles provinciaux ». Ces conciles locaux, sous la responsabilité d'un archevêque, se tenaient régulièrement dans les premiers siècles de l'Église et il y eut même une époque où leur tenue annuelle était recommandée, ce dont nous nous sommes éloignés. C'est Vatican II qui a permis à nouveau la tenue de conciles à l'échelle d'une région : celui qui commence à peine en Île-de-France n'est ainsi que le huitième depuis soixante ans, un événement rare !
De quoi s'agit-il ? De se réunir autour de thèmes qui concernent une Église particulière, dans l'harmonie des règles de toute l'Église : ici, l'afflux de catéchumènes et de néophytes. Mais s'il s'agit bien d'un concile, il sera mené selon un style synodal. Le document final du synode sur la synodalité précisait ainsi qu'il fallait favoriser de tels conciles locaux pour « parvenir à une décentralisation salutaire et à une inculturation efficace de la foi1 ». Bien plus encore : dès le départ, il s'agissait d'une route à plusieurs (c'est le sens du mot « synode »). La source du concile actuel vient en effet de deux évêques franciliens revenus du synode sur la synodalité avec cette idée : ils s'en sont ouverts à l'archevêque de Paris qui, lui, avait déjà eu l'expérience à Lille de tenir un tel concile. Ce concile commence de plus par une vaste phase de consultation dans les diocèses d'Île-de-France où tous ont à s'écouter dans un climat priant pour favoriser l'écoute du sens de la foi dont chacun est porteur. Ce sera dans ce même climat de prière et d'écoute, à plusieurs, que se tiendront la rédaction de l'instrument de travail et les futures assemblées.
Bien que l'accueil des catéchumènes et des néophytes nous concerne tous, nous pouvons nous demander que retenir de ce concile si nous ne résidons pas en Île-de-France. Ceci : qu'il y a certainement là une invitation à quitter nos tentations de mettre la main sur l'Église en la modelant sur nos envies. Chercher à vivre un style synodal nous rappelle que nous ne formons pas l'Église à nous tout seul, qu'il convient d'accepter de nous laisser décentrer pour entrer toujours plus dans un « nous » ecclésial où l'autre m'aide à nommer et à trouver plus justement Dieu.