Didier Rance - Artège, 344 p., 19,90 €.

Avec l'assassinat tragique du père Jacques Hamel en juillet 2016, le thème du martyre a directement rejoint notre actualité. Ici, Didier Rance choisit quant à lui de faire un indispensable travail de mémoire en évoquant les persécutions dont ont été victimes les chrétiens dans l'Europe de l'Est, au cours de la période communiste au XXsiècle. Historien et diacre de rite oriental, ancien directeur national de l'Aide à l'Église en détresse (AED), l'auteur a eu l'occasion de rencontrer ces témoins de la foi dans le cadre de son engagement. Il nous offre cette galerie de dix portraits, des évêques clandestins, des prêtres et des religieuses, mais aussi des laïcs qui ont fait preuve de courage et de don d'eux-mêmes au cours de ces années tragiques. Ainsi du père jésuite albanais Anton Luli, qui a connu la prison et la torture sous le régime d'Enver Hoxha, accusé de propagande religieuse et d'anticommunisme, de Nijolé Sadunaité, une véritable « Jeanne d'Arc balte » qui sait tenir tête à ses juges la condamnant à six ans de goulag pour avoir diffusé une revue catholique, ou de Mgr Ján Chryzostom Korec, « l'évêque en bleu de chauffe » et clandestin, qui travaillera comme ouvrier et publiera en samizdat en Slovaquie… Des hommes et des femmes qu'ont soutenus la foi, la prière et la liturgie, dans le secret souvent, et dont nous découvrons les parcours douloureux jusqu'à la chute du bloc de l'Est.

Didier Rance ne se borne pas cependant à rassembler cette collection de portraits mais il offre en finale une suggestive mise en perspective de ce que peut être le témoignage de foi dans la persécution. Un témoignage communicatif qui se situe souvent dans une activité de service, avec l'éventualité toujours de l'épreuve, même si elle n'est pas recherchée pour elle-même : « Bienheureux si l'on vous persécute… » Une forme de résistance qui manifeste aussi le sens du pardon et l'amour des ennemis, fusse face à ses bourreaux, l'appui sur la parole de Dieu et la prière. Un témoignage rendu enfin à la vérité, à travers la compassion et le combat pour la dignité de l'homme. Comme l'écrit Benoît XVI : « Où se fonde le martyre ? La réponse est simple : sur la mort de Jésus, sur son sacrifice suprême d'amour consommé sur la croix pour que nous puissions avoir la vie… Le martyre est un grand acte d'amour en réponse à l'immense amour de Dieu. »