La plupart d'entre nous n'engagent dans la vie qu'une faible part, une part ridiculement petite de leur être, comme ces avares opulents qui passaient, jadis, pour ne dépenser que le revenu de leurs revenus… On se dit avec épouvante que des hommes sans nombre naissent, vivent et meurent sans s'être une seule fois servi de leur âme, réellement servi de leur âme, fût-ce pour offenser le bon Dieu… Un saint ne vit pas du revenu de ses revenus, il vit sur son capital, il engage totalement son âme1.
Heurs et malheurs de l'âme

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui à l'âme ? Le terme est certes encore bien présent dans nombre d'expressions courantes très suggestives : s'engager « corps et âme », se décider « en âme et conscience », « errer comme une âme en peine », « avoir le vague à l'âme », agir « la mort dans l'âme », « fendre l'âme », « perdre son âme », témoigner de « force d'âme » ou de « grandeur d'âme » et « rendre l'âme ». Le langage religieux, notamment celui de la prière, est lui aussi rempli d'âme : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 42-43 [41-42], 3), « De toute mon âme, je tremble ; et toi, Seigneur, que fais-tu ? » (Ps 6, 4), implore le psalmiste. Jésus lui-même n'exhorte-t-il pas dans l'Évangile à aimer Dieu « de toute son âme » (Mt 22, 37) ? Quant à Ignace de Loyola, il résume toute l'orientation de la vie humaine au salut de l'âme, dans le « Principe et fondement » qui ouvre les Exercices spirituels : « L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par