Pour l'être humain, l'acte de se nourrir n'a jamais été une question purement biologique. Dans presque toutes les traditions religieuses, l'alimentation est un langage de l'esprit qui peut, par exemple, se manifester dans la rigueur du jeûne ou dans la sélection des aliments à des fins de pureté. Dans ce contexte, le jeûne n'est pas une privation en soi, mais revêt d'autres significations : le rejet d'une réalité pécheresse pour accueillir la Parole (dans le judaïsme et le christianisme), la reconnaissance d'une norme divine qui unit la communauté (comme dans le cas du ramadan islamique) ou le renoncement aux désirs terrestres (dans le bouddhisme et l'hindouisme). On peut également penser à la « pauvreté » du repas eucharistique, dont la valeur ne réside pas dans l'apport calorique, mais dans un pain qui se distingue de l'usage profane que l'on fait de la nourriture dans la vie quotidienne.
Cependant, dans cette réflexion sur le lien entre religion et alimentation, peut-on envisager un lien entre la dimension spirituelle et les troubles du comportement alimentaire (TCA) ? La psychologie a largement exploré les liens historiques entre l'anorexie et les anciennes pratiques ascétiques1, mais il est aujourd'hui nécessaire d'approfondir la relation entre la religion et le