« Aider les âmes » : telle est la décision qui mûrit pendant de longs mois dans le cœur d'Ignace de Loyola, pèlerin de Dieu vers Jérusalem. Très vite, après l'étape décisive à Manresa, il commence à aider autrui, notamment grâce aux conversations spirituelles qu'il vit au gré des rencontres. Ce qu'il aimait, raconte-t-il à la fin de sa vie, c'était « s'entretenir de choses spirituelles1 », parler « familièrement des choses de Dieu, par exemple, après avoir mangé avec des personnes qui nous invitent » (Récit, 65).

Ignace s'appuiera sur des notes, puisées dans son expérience et rédigées au fil des jours. Elles deviendront les Exercices spirituels, un « chemin qui mène à l'expérience […], la “manière de procéder” qui donne à chacun de se disposer à la rencontre de Dieu2 ».

Aider autrui à se disposer à la rencontre de Dieu, en lui proposant une manière de faire, un chemin, une dynamique, telle est la visée des Exercices spirituels, et cet objectif requiert de l'attention, pour qui veut aider autrui, comme pour cet autre à aider. Cette attention particulière est ajustée aux moyens mis en œuvre (une manière d'avancer par mode d'exercices) et surtout à la visée (rencontrer Dieu, être trouvé par lui, dans la détermination de sa vie). Elle appelle une façon originale d'écouter (dans le discernement des mouvements intérieurs). L'attention se révèle être ainsi un travail et une grâce : le travail des Exercices et la grâce de l'écoute.

Ce qui est dit de l'attention en temps de retraite vaut également pour l'accompagnement au long cours, avec les ajustements nécessaires. Car, au-delà des Exercices, c'est bien une manière spécifique d'écouter qui s'invente dans des dispositifs et des dispositions intérieures, et en