Le désir d'abandon spirituel naît parfois de la soif de s'alléger du poids d'une vie prise dans l'envahissante activité de l'esprit et du corps. Cette aspiration à trouver le repos en Dieu rejoint-elle celle du « lâcher-prise » que tant de personnes appellent de leurs vœux aujourd'hui ? L'abandon serait alors envisagé comme une voie pour sortir de l'occupation et plus encore de la préoccupation.

Dans la tradition spirituelle, l'abandon ne consiste pas seulement à entrer dans une passivité pure mais à exercer une volonté dans laquelle Dieu se manifeste cependant. L'abandon est un « décentrement intérieur » mais pas pour autant un détachement de soi. Au contraire, il rend celui qui en vit pleinement présent à lui-même et au monde. Cependant la possibilité de s'en remettre à Dieu de la sorte dépend pour une grande part d'une expérience de confiance première. Car avoir été abandonné ou se sentir abandonné est une souffrance qui sape la capacité à s'en remettre en toute confiance à un autre ou au Tout Autre. Peut-être est-ce cela qui rend parfois difficile le chemin spirituel de l'abandon de soi ?

Si le terme d'abandon n'apparaît pas comme tel dans la Bible, l'attitude qui consiste à s'en remettre à une volonté plus grande que soi la traverse. Elle est illustrée en une grande variété de récits et d'expériences et par d'innombrables figures, d'Abraham à Jésus lui-même. Dans une invitation à suivre Jésus Christ sur son chemin d'abandon, les Exercices spirituels ouvrent à une manière de vivre et d'agir selon l'Esprit. L'abandon est une quête active et un engagement de la volonté, car s'abandonner à Dieu ne demande ni d'abdiquer sa capacité à vouloir par soi-même, ni de renoncer à la liberté de choisir et d'agir. Ce chemin pour parvenir à l'abandon afin d'avancer plus sûrement vers Dieu et de collaborer à sa grâce est celui que suivent les saints. Pour pouvoir l'envisager, il faut à leur exemple se laisser saisir par l'amour du Seigneur et combattre en soi le vouloir propre qui cherche à se forger seul en usant de Dieu et de sa Parole, à son profit personnel. Notre plus grande action consiste à consentir à nous laisser sauver et transformer par Dieu. Cela ne va pas sans combat, même pour ceux qui ont fait de la docilité à l'Esprit la clef de leur vie.