Depuis un bon demi-siècle, les relations entre personnes ou communautés vivant de traditions  religieuses différentes ont suscité un renouveau de réflexion et d’action. Ces relations se jouent au niveau de la connaissance mutuelle et de la réflexion théologique ainsi qu’à celui du vivre-ensemble et de l’action commune au sein de la société. De manière plus discrète, le dialogue et l’échange se déroulent aussi sur le terrain de la spiritualité et de l’expérience intérieure. De nombreux chrétiens se sont trouvés stimulés et enrichis par des pratiques méditatives ou des enseignements issus de traditions asiatiques. Il arrive de même que des personnes d’autres religions découvrent dans le monde chrétien des ressources qui les inspirent et les soutiennent dans leur cheminement spirituel.
Il convient dès lors de s’interroger sur l’accueil que les chrétiens réservent à ces demandes ou à ces attentes. La question se pose en particulier lorsque des personnes vivant d’autres traditions religieuses (voire des personnes sans ancrage dans une tradition et une communauté spécifiques) souhaitent entrer dans la dynamique des Exercices spirituels de saint Ignace. Leur nombre n’est certes pas très important ; les contextes et les motivations diffèrent selon les régions du monde et même selon les individus. La question est cependant posée. Et elle suscite des interrogations susceptibles d’éclairer bien d’autres formes de rencontres et d’échanges entre spiritualités. Convient-il d’accéder à de telles demandes ? Pour quelles raisons ? Et, si oui, comment y répondre sans dénaturer les Exercices et tout en tenant compte de la tradition spirituelle propre à chaque personne ?
Concrètement, on prend ici en considération la pratique des Exercices « entiers et complets », selon le déroulement des quatre semaines et les indications fournies par les 19e et 20e annotations. Bien que Erin M. Cline, l’auteure de l’ouvrage, déclare avoir tiré profit d’entretiens avec de nombreux jésuites qui donnent les Exercices, son livre ne propose pas une analyse descriptive de type sociologique mais
une réflexion normative de fond, théologique et spirituelle, sur ce qui peut et doit être fait, puis sur le comment le faire.

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Toute réflexion doit partir du rappel des objectifs poursuivis, tels qu’ils sont énoncés notamment dans la première annotation et dans le « Principe et Fondement ». On se trouve d’emblée confronté à une double question :


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