Nuit. Il fait nuit. Il fait nuit et mon réveil sonne, m'extirpant de ma léthargie. Quelques minutes plus tôt, j'étais là passive, laissant mon corps se régénérer – et c'est important – mais laissant aussi l'obscurité donner le ton. Or voilà qu'une sonnerie m'arrache au pouvoir du sommeil. Tel un cri dans la nuit, dirait le paraboliste Jésus, elle vient immédiatement solliciter ce qui m'est le plus précieux : ma liberté. Choisirai-je de sortir de ma torpeur et, par conséquent, de mon lit ?
Il est tôt, voire trop tôt à mon goût. À écouter certaines de mes sœurs, il en est pour qui il est facile, presque naturel, de se réveiller si tôt et de gagner le combat du réveil. Une grâce de résurrection doit certainement avoir déjà porté son fruit en elles ! Il en est d'autres, et j'en fais partie, pour qui l'énergie vient seulement du sens de cet office si particulier que sont les Matines ou les Vigiles, comme on les appelle à Jouarre1. Il se vit – à ce moment-là, dans cet office-là – une expérience personnelle, communautaire et ecclésiale qu'aucun autre office ne donne de vivre.
En effet, si le réveil est un moment « crucial » (oserai-je dire), il suffit de fréquenter les transports de la région parisienne pour savoir qu'il en est d'autres,