Très populaire dans tout le nord de l’Europe, peu connu en France et dans le monde francophone, Pierre Canisius incarne le type parfait du jésuite ordinaire. Sans appartenir à la génération des fondateurs, il est une des figures les plus impressionnantes des débuts de la Compagnie de Jésus. On a pu écrire à son sujet : « En aucune partie d’Europe où elle s’établit, la Compagnie ne doit son succès et son identité aussi manifestement à un seul individu, qu’elle ne le doit à Canisius pour l’empire d’Allemagne. Nulle part en Europe, la Compagnie ne jouera si précocement un rôle capital dans la définition du caractère du catholicisme moderne : c’est essentiellement le mérite de Canisius » 1.
Si la vocation du jésuite est de parcourir le monde pour y annoncer Jésus Christ, Pierre Canisius l’a vécue de façon exemplaire. Contrai­rement à d’autres compagnons, Pierre n’est pas un spécialiste en quelque matière que ce soit. Rien de génial en lui, sinon un zèle pastoral ardent consacré à la défense de la foi catholique. Théologien moins original et brillant que ses confrères Laínez, Salmerón et Le Jay, il a enseigné aux universités d’Ingolstadt et de Vienne et parti­cipé à deux sessions du concile de Trente. Premier Provincial de la Compagnie en Allemagne, administrateur apostolique du diocèse de Vienne, homme de confiance des papes, chargé de missions délicates auprès de l’empereur, des princes et des évêques, il a joué un rôle majeur dans la politique religieuse de l’Empire. Perpétuellement en route, sillonnant l’Empire dans tous les sens, parcourant à pied ou à cheval près de 100.000 kilomètres entre Messine et Varsovie, Vienne et Cologne, il a prêché, enseigné, fondé dix-huit collèges, conseillé des Princes et des évêques, sans jamais cesser d’écrire, de recevoir, de confesser, de visiter les prisonniers et les malades, fidèle aux ministères ordinaires de la Compagnie.
Cette multiplicité d’engagements laisse l’impression d’une vie continuellement bousculée par les défis d’une époque particuliè­rement agitée. Seul l’amour du Christ et le désir ardent de servir l’Église de son temps, en Allemagne surtout, lui donne cohérence. Travailleur infatigable en dépit d’une santé assez fragile, souvent à la limite de ses forces, scrupuleux, craignant d’être séparé de Dieu, Canisius a trouvé dans une vie intérieure intense l’énergie de mener de front tant de responsabilités et d’activités diverses. Des pratiques de piété simples, semblables à celles de Pierre Favre, la familiarité avec les anges et les saints, la vénération des reliques, le recours continuel à la prière, la sienne et celle des autres, la dévotion au Sacré-Coeur et à la Vierge Marie, les longues heures d’oraison noc­turne ont soutenu son extraordinaire dynamisme apostolique.
 

Au sein d’une Église chahutée


Pierre Canisius est né le 8 mai 1521 à Nimègue. Fils de Jakob Kanis 2, bourgmestre de la ville...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.