Christus : Dans votre livre Défense du pain et du vin (Ad Solem, 2025), vous écrivez que le pain que nous apportons sur la table eucharistique est un « pain de mort ». C'est une affirmation très dure !
Benoît Sibille : Par cette expression, qui fait bien sûr écho aux paroles de Jésus dans l'évangile de Jean (Jn 6, 51), je cherche à faire prendre conscience que le pain concret avec lequel on célèbre, c'est-à-dire cette farine transformée en hostie, provient d'une agro-industrie dont les effets écologiques et sociaux sont terribles. De même pour le vin de messe, souvent issu de vignes saturées d'intrants1 et dont la production repose souvent sur l'exploitation abusive d'une main-d'œuvre immigrée. Le pain et le vin sont les deux productions agricoles qui ont été les plus transformées au cours du siècle dernier. Pourtant, on continue de célébrer la messe comme si le pain et le vin qu'on avait dans les mains étaient les mêmes que ceux que consommaient les chrétiens des siècles passés, et même Jésus et ses disciples. J'ai pris cette question d'autant plus au sérieux qu'avec l'intégration progressive de Laudato si' dans la vie de l'Église en France, la dimension cosmique du sacrement de l'eucharistie est davantage perçue. Or, si cela est très vrai et très beau, je remarque qu'il n'est jamais question de ce « cosmos réel » que nous tenons concrètement dans les mains