Que signifie, selon vous, l'émergence de grands rassemblements dans l'Église catholique depuis trente à quarante ans ?

Charles Mercier  : Déjà dans les années 1930, alors que l'idée de faire masse était un enjeu politique (pensons aux grands rassemblements fascistes), l'idée d'enrôler, ou du moins de mobiliser la jeunesse, était forte également dans l'Église, qui a eu elle aussi ses grands rassemblements, notamment avec l'Action catholique (Rome, 1936). Cet élan marque le pas dans les années 1960-1970, avec par exemple l'échec du Jubilé des jeunes de 1975, mais se manifeste toujours, de façon moins institutionnalisée, comme le montre le Concile des jeunes de Taizé en 1974. Le début des années 1980 voit une reprise, avec le Jubilé des jeunes de 1984, sous l'impulsion de Jean Paul II, puis avec l'institution des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) en 1985. Ces grands rassemblements n'ont donc jamais vraiment disparu de l'histoire du catholicisme. Leur succès s'est sans doute accentué au fur et à mesure que la sécularisation progressait. Pour ainsi dire, le stade plein est le corollaire de l'église vide. Le fait que les fidèles ne se trouvent plus dans un environnement de christianisme ambiant mais plus isolés, dans des communautés elles-mêmes dispersées, crée le besoin de se retrouver, de se rassembler, de se fédérer. Dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (Presses universitaires de