Même si on a pu parler de « permanence du stoïcisme » (Michel Spanneut), il est indéniable que cette forme de sagesse occupe une place non négligeable dans la culture contemporaine : nombreuses éditions de poche des œuvres de Sénèque, Marc Aurèle ou Epictète ; dossiers consacrés aux sagesses antiques — dont le stoïcisme — dans divers périodiques {Magazine Littéraire, Sciences Humaines, hors série du Nouvel Observateur) ; succès d'auteurs contemporains explorant cette école de pensée ou s'en réclamant (Pierre Hadot, André Comte-Sponville...).
Ce phénomène s'explique-t-il par le vieillissement de notre société, comme le suggère un article publié dans le Courrier de l'Unesco ? L'auteur écrit en effet : « Seul un nouveau stoïcisme, une règle de vie qui, comme jadis, nous apprendrait à vieillir et à mourir, pourrait éviter que l'allongement de l'espérance de vie ne nous réserve de nouvelles expériences douloureuses. » De fait, tous les travaux consacrés au vieillissement démographique soulignent les craintes engendrées par ce phénomène. Il ne s'agit pas seulement du financement des retraites, mais aussi et peut-être surtout des peurs suscitées par le fait de vieillir et d'avoir à mourir. Par exemple « une société vieillissante, dès lors qu'elle est largement sécularisée et centrée sur le souci de soi n'offre d'autre perspective que la chronique d'une déchéance avancée » 1. Il n'est pas étonnant que l'on s'intéresse à nouveau aux considérations sur « la vieillesse », « la brièveté de la vie » et autres « consolations », en un temps où il faut apprendre à « courir le risque d'accéder à un nouveau stade de l'existence sans modèle à suivre sans poteau indicateur, sans règle rigide ni récompense visible, de pénétrer dans l'inconnu existentiel de ces nouvelles années » 2.
Pourtant, il me semble éclairant d'inscrire ce retour du stoïcisme dans un cadre de référence plus large. Dans un article publié en 1994, Pierre Gire remarquait que « le stoïcisme revient sur la scène culturelle en ce XXè siècle finissant à la manière d'une philosophie-rempart ou d'une pensée-recours devant l'affaiblissement des religions et l'éclatement des idéologies » 3. C'est une invitation à comparer le contexte de naissance du stoïcisme avec certaines caractéristiques de notre société.

D'un contexte historique à l'autre


Même si vingt-quatre siècles nous séparent de l'émergence du stoïcisme il est très intéressant de se rappeler dans quel contexte est née cette école de philosophie.
Tous les historiens s'accordent pour souligner que le stoïcisme est né en Grèce dans un moment de grande mutation politique. Jusqu'au milieu du IV siècle, la vie des Grecs s'est déroulée dans le cadre des cités, « petites républiques à l'échelle humaine » (Luden Jerphagnon). Avec l'empire d'Alexandre les cités perdent leur autonomie de gouvernement au profit d'un pouvoir lointain ; l'homme grec s'aperçoit alors qu'il n'est plus maître de son dest...
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