Traduction d'Édith Bernard et Yves Roullière, présentation de Luis Martinez, Éditions jésuites – Lessius, « La part-Dieu », 2020, 240 p., 22 €.

Il est heureux que les éditions Lessius aient choisi de traduire et de publier ces pages d'Ignacio Ellacuría (1930-1989). En effet, en dehors de quelques articles publiés dans la revue Concilium, rien n'était jusqu'à maintenant disponible en français parmi les écrits de ce théologien et philosophe engagé avec les plus pauvres, au Salvador. Ellacuría est l'une des grandes figures de la théologie de la libération. Il était recteur et enseignant à l'Universidad Centroamericana (UCA), membre de la même communauté jésuite que Jon Sobrino, lorsqu'il a été assassiné avec cinq compagnons et deux femmes travaillant à leur service à San Salvador en 1989.

L'édition préparée est composée de deux types de textes : d'une part, deux textes retraçant le parcours personnel et intellectuel d'Ellacuría et, d'autre part, six grands textes du jésuite qui constituent ses contributions les plus décisives en christologie, sur la praxis chrétienne de libération du peuple crucifié, et en ecclésiologie.

Les textes ne sont pas de lecture facile : plusieurs passages portent la marque des débats et polémiques auxquels la théologie de la libération a été confrontée, et un bon nombre de pages demandent un effort réel pour entrer dans une intelligence de la portée de la proposition théologique avancée par Ellacuría, mais cela en vaut vraiment la peine.

Sa pensée donnera au lecteur une compréhension de la place des pauvres dans le dessein de salut de Dieu, lui permettra de discerner les fondements les plus profonds d'une Église pauvre pour les pauvres, et le conduira vers une intelligence renouvelée de la théologie de la Croix en percevant plus radicalement l'identification du Christ crucifié au peuple des crucifiés de ce monde.

Ces pages sont une belle et vigoureuse introduction à la pensée de ce jésuite qui a marqué la tradition théologique.