«Je suis parmi vous comme celui qui sert », dit Jésus (Lc 22,27), mais il dit aussi : « Ce que vous avez fait aux plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40), passant de la place de serviteur à celle de maître qu’il faut servir. Ces versets n’ont cessé de bouleverser les chrétiens à travers les âges ; et la rencontre du Christ dans le plus petit, de provoquer une action continue à son service, dans l’Église et la société. Mais dans la condition du serviteur, comme sous les traits du plus petit, il n’est pas aisé de reconnaître le Christ, désigné par la foi comme Sauveur, qui nous appelle à le suivre et à l’aimer dans toute notre vie. Cette part cachée du Christ, mystique, s’éclaire progressivement à la lumière de nos choix de vie et de l’Évangile, révélateur de l’unique Serviteur d’où provient et où retourne tout service des hommes, envisagé comme service du frère. Comment se présente dans l’Évangile la figure du Christ serviteur, et que donne-t-elle aujourd’hui à voir de l’expérience du service de l’autre ? En quoi est-elle inspiratrice pour notre temps ?
 

Servir, c’est aimer


À plusieurs reprises, Jésus revendique d’accomplir un service au nom de son Père et pour Lui : « Le Fils de l’homme est venu pour servir, non pour être servi… » (Mc 10,45). Contemplé sous l’angle du service, le commencement de son « ministère » met en lumière quatre traits fort suggestifs d’une expérience spirituelle du service.
Jésus quitte les siens pour rejoindre Jean-Baptiste au Jourdain. Ce n’est pas seulement quitter Marie et Joseph à Nazareth, mais aussi se quitter lui-même et quitter l’idée qu’il pouvait se faire de son service du Père, celle qui l’avait mené parmi les docteurs de la Loi, celle qui l’avait préparé intérieurement. Comme toute personne, est-on tenté de dire, habitée d’un projet de vie fort et généreux. Quelques années plus tard, Paul écrit à la communauté chrétienne de Philippe : « Il n’a pas retenu le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2,6). Jésus, en effet, inaugure sa mission par une marque étonnante de liberté. Loin de se mettre dans une posture de pouvoir qui autoriserait sa parole et son action, il fait le choix de rejoindre Jean-Baptiste, le prophète de l’époque, jusqu’à se glisser dans la foule des pécheurs pour recevoir comme eux le baptême de Jean. Ce baptême de conversion est celui de sa liberté, consacrée au service de son Père et des pécheurs. C’est dans une vie quotidienne au milieu des hommes, dans le partage de leur culture, de leurs préoccupations et aspirations, que se joue sa liberté et que se réalise sa mission divine. Dans cette fraternité, humblement à l’école du Baptiste, s’affirme sa dignité de Fils de D...
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