Du cœur brûlant de Bernard de Clairvaux au fameux « Le cœur a ses raisons » de Pascal, le motif du cœur irrigue la tradition spirituelle occidentale, traversant les siècles comme un fil d'or reliant expériences mystiques, élans de la foi et quête philosophique. Bien avant d'être réduit à un simple organe ou à la source de nos émotions, le cœur s'impose comme la métaphore centrale de l'intériorité dans la pensée chrétienne, et c'est à Augustin d'Hippone qu'on doit son approfondissement décisif. La richesse de ce motif ne se limite ni à une sentimentalité pieuse, ni à une affectivité désincarnée : elle désigne, chez Augustin comme chez ses héritiers, l'espace où s'unissent intelligence, volonté et amour, foyer secret de toute transformation humaine. Loin de n'être qu'une simple métaphore, le cœur devient, sous le calame d'Augustin, une véritable clé d'accès à l'anthropologie chrétienne. Le cœur, blessé mais guéri, errant mais appelé au repos en Dieu, se révèle comme le théâtre de la conversion et le lieu de la rencontre avec le divin. Ces quelques pages se proposent d'explorer brièvement ce motif riche et vivant : comment, dans la pensée d'Augustin, le cœur devient-il le sanctuaire de la conversion authentique et la demeure de Dieu ? À l'heure où la modernité tend à réduire le cœur à l'émotion ou à l'instinct, revenir à la sagesse d'Augustin permet de retrouver la profondeur d'une anthropologie unifiée et de redécouvrir l'actualité