Dans la vie d'Albert Camus (1913-1960), l'attachement au Christ relève d'abord du mystère indicible. Rien en tout cas ne laissait prévoir cette rencontre avec le Christ. Tout y faisait même obstacle : la mort de son père à la guerre en 1914, le handicap de sa mère, une « femme pauvre, malheureuse, ignorante », la brutalité de sa grand-mère et, pour finir, un catéchisme raté à la suite d'une gifle assénée brutalement par le prêtre. Pourtant, c'est là, auprès des siens et de sa mère en particulier, que Camus va découvrir « la vérité de sa vie » comme il le dit à la fin du Premier homme (1994), en affirmant de manière bouleversante : « Sa mère est le Christ1. » Cette vérité de la vie, Camus la reconnaît très tôt et la nomme, dans Noces (1939), « la vérité du monde2 », c'est-à-dire la vérité du corps et de la chair qui souffre, qu'il découvre