Chaque matin, pour aller au bureau, je dois traverser le « Jardin des roses »1. En ce lieu, la mémoire n'a pas été reléguée aux archives. Des étudiants vont en cours, d'autres s'arrêtent quelques instants dans la chapelle à côté et le campus poursuit son rythme ordinaire. Pourtant, ce jardin me pose une question qui ne cesse de me tarauder : comment servir aujourd'hui le royaume de Dieu dans la réalité des pays d'Amérique centrale ? Ce jardin à l'Universidad centroamericana2 conserve ce souvenir comme une mémoire vivante, de témoignage, de discernement et d'encouragement, et le jardin lui-même fait partie de cette pédagogie.
L'Amérique centrale n'est plus celle des guerres civiles des années 1970 ou 1980. Les formes de la violence ont changé. Dans plusieurs pays de la région, la fragilité démocratique se laisse voir dans la concentration du pouvoir, l'affaiblissement des contre-pouvoirs, la fatigue des médiations institutionnelles et la difficulté croissante à faire exister un véritable espace public. Au Salvador, les textes récents de l'UCA parlent explicitement d'une crise de la démocratie, d'un climat de peur, d'une polarisation politique et de l'opinion, de désinformation et d'un affaiblissement des espaces de participation. Les réformes constitutionnelles de 2025 au Salvador ont encore accentué cette préoccupation3.
Parler de la Compagnie de Jésus en Amérique centrale aujourd'hui suppose de parler de cette réalité dans laquelle elle est envoyée. Comme nous le voyons, notre région demeure profondément marquée par des blessures historiques qui ont changé de visage, sans avoir complètement disparu. Ce sont maintenant des migrations forcées, des inégalités persistantes,