Vrin, « Musicologies », 2024, 208 p., 24 €.

La lecture et la compréhension de la Messe en si mineur à laquelle nous convient Philippe Charru et Christophe Theobald dévoilent magistralement comment Johann Sebastian Bach, en travaillant pendant vingt-cinq ans à cette œuvre ultime, a déployé toutes les ressources de sa foi, de sa culture théologique et de son génie musical, et donné corps aux orientations premières d'un luthéranisme auquel il est resté fidèle jusqu'au bout : une foi centrée d'abord sur le Christ crucifié, sur la Trinité, une foi née de l'écoute – « fides ex auditu » (Rm 16, 17) –, écoute de la Parole salvatrice invitant à glorifier la Trinité, Parole que chacun doit pouvoir lire, entendre et comprendre dans sa langue, s'en pénétrer pour en vivre. Si la musique s'avère essentielle, c'est que – constituant, écrit Luther, « l'instrument du ministère de l'Esprit » – elle accomplit l'intériorisation de la Parole. Ici, la musique n'illustre ni n'exprime la Parole : elle la fait travailler au cœur d'une sensibilité humaine qu'elle pétrit et tourne vers la Présence trinitaire. Du foyer premier d'une écoute que produisent la lecture et la voix parlée jaillit la voix chantée libérant le cœur pour « le chant d'un cantique nouveau ». Chez Bach, tout symbolise, tout signifie, ainsi que l'explicitent les auteurs. Exemples entre mille : les nombres (les vingt-sept morceaux de la Messe, un trois-fois-trois-fois-trois trinitaire) ; les styles (stile antico, polyphonie souveraine pour dire l'ordre fondateur des choses ; stile moderno pour les mille nuances des sentiments éprouvés, l'un et l'autre honorant équivalemment l'intelligence et le cœur) ; l'organisation musicale (ainsi la musique du Gratias agimus, dans le Gloria, que reprend exactement l'ultime morceau, Dona nobis pacem, pour signifier que la gloire de Dieu est la paix sur la terre, et non ce que pourrait inciter à croire un Hosanna triomphant). Analyser pour mieux sentir, pour mieux écouter, pour mieux prier – juste façon, croyons-nous, de dire le propos d'un admirable livre, capable de transformer notre rapport à la Messe en si mineur.