Éric de Rus, philosophe et poète, relate son expérience de vie marquée par son « altérité ». Il la décrit d'abord comme « une manière autre d'être au monde, que le monde reconnaît d'instinct comme n'étant pas la sienne ». Ce n'est qu'à la fin de l'ouvrage qu'il révèle ce qu'il n'a lui-même appris qu'au moment d'achever le manuscrit de ce livre : il est diagnostiqué autiste Asperger « à haut potentiel créatif ». Ce livre, remarquable à bien des égards, dévoile avec pudeur et délicatesse le jardin intérieur riche et complexe d'un homme dont le rapport au monde est à la fois une épreuve et une source de créativité. Éric de Rus parvient à faire entrer dans une expérience qui pourrait paraître impartageable. En le lisant, on comprend mieux ce que vivent ceux qui ne peuvent s'adapter au monde qu'au prix d'un incessant effort, mais aussi la violence qui leur est involontairement infligée. Contacts physiques désagréables, hypersensibilité sensorielle parfois douloureuse, difficulté à entrer dans le mode de relation qu'impose la vie sociale, peine à comprendre le monde… L'auteur dit ainsi avoir dû apprendre la langue des conventions comme on le fait d'une langue étrangère. Ce qui paraît évident à beaucoup dans la vie relationnelle, il doit l'apprendre. Le déploiement d'une telle « virtuosité adaptative » l'éloigne de lui-même jusqu'à l'épuisement. Si l'auteur ne cache pas l'épreuve d'une telle vie, il en montre aussi la richesse et la profondeur. Il va en effet puiser dans son être singulier pour entrer dans des relations qu'il « éprouve comme un enchantement immérité ». Cette différence lui a également permis, dit-il, d'accéder à un « mystère de consolation » : le toucher d'une Présence, la révélation d'un Amour qui n'est pas de ce monde et qu'il reconnaît en la personne du Christ. Il peut ainsi témoigner du « ravissement d'avoir été sauvé des eaux par une présence de pur Amour qui n'efface pas l'expérience du désastre ». C'est un exploit que de parvenir ainsi à dévoiler et à exprimer ce qui fait de soi « un autre » tout en maintenant la tranquille assurance qu'être soi-même est bon. « Écrire, c'est jeter un pont entre les mondes. » Ce livre le montre. Que son auteur soit remercié pour des paroles qui aideront certains à se connaître et à s'aimer mieux peut-être, et d'autres à comprendre un proche « étranger ».
La grâce d'altérité, Éric de Rus
Récit
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A propos de l'auteur
Marie-Caroline BUSTARRET
Ancienne rédactrice en chef adjointe de Christus, enseigne la théologie spirituelle et coordonne le département de spiritualité aux Facultés Loyola Paris