« Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham1 » (Mt 1, 1). L'Évangile selon saint Matthieu s'ouvre par une généalogie. Ce premier verset synthétique est suivi d'une longue liste de quarante-six personnages sur quarante-et-une générations. C'est une énumération que de nombreux lecteurs ont envie de sauter, pour atteindre les épisodes ultérieurs plus familiers : le songe de Joseph, les mages, la fuite en Égypte...

Sauter la généalogie est justement une option prise pour la liturgie de Noël. Dans les célébrations du 24 décembre au soir, le célébrant peut, au choix, lire les vingt-cinq premiers versets de l'évangile de Matthieu (c'est-à-dire la généalogie, suivie du songe de Joseph et de la naissance de Jésus) ou prendre le chapitre en cours de route et omettre entièrement les versets généalogiques. Cette option liturgique nous soulage peut-être d'une forme de mauvaise conscience : si la liturgie de Noël juge envisageable de sauter ce passage, c'est que nos expériences individuelles de désintérêt pour ce texte sont jugées compréhensibles. Pourtant, admettre ainsi que ce texte ne nous « parle » pas devrait être un signal d'alerte. Cela révèle, en effet, le fossé entre notre manière habituelle de lire les textes bibliques