Il y a des livres sur la prière, et il y a des livres qui laissent entendre le murmure même de la prière. L'ombre du Déliant en est un, magnifique, qui vient nous rappeler l'étonnante proximité entre prière et poésie, surtout quand celle-ci est tissée, comme ici, de silence, de lenteur, d'accueil patient et têtu de cette parole qui naît en soi quand on écoute la Parole. L'autrice, théologienne protestante et poétesse, continue ainsi, ouvrage après ouvrage, de nous offrir à voix douce le partage de ce qu'elle entend de Lui : « À peine un souffle, une mince clairière, un passage enfoui dans la chair. » Et ce qu'elle entend ici, ce qu'elle reçoit et nous partage, c'est d'abord un nom : Il est ici pour elle « le Déliant » ‒ comme il avait été dans ses précédents recueils L'Inépuisable (2002), Le Plus-que-vivant (2009), L'Imprononçable (2014) ‒ et elle déplie la profondeur et l'évidence de ce nom dans la lecture contemplative de quelques pages d'Évangile : la femme adultère, Lazare, bien sûr, et les récits de rencontre avec le Ressuscité.
Prière et poésie donc, portées par la sobriété et la pudeur d'une femme qui cherche à « parler une langue de vent qui évoque plutôt qu'elle n'enferme », comme pour mieux s'accorder à « Celui qui se retient de peser sur notre liberté » et dont « les mots commencent toujours par se poser sur un linge de silence ».
Un livre-prière, un livre-poème, qui pourra donc se faire un compagnon de notre été, compagnon de notre prière, et plus largement invitation à « confier notre cœur à la lumière ».