Parfois, en dehors de tout cadre religieux, survient un « je-ne-sais-quoi » qui repousse les murs de l'ordinaire. La réalité se donne à goûter, intense et neuve. Sans l'avoir cherché, nous sommes placés à l'un de ces « carrefours où l'éternité épingle le temps1 ». Lorsque je dis que je m'intéresse aux « révélations » ou aux « épiphanies2 », je récolte souvent des regards interrogateurs. Mais dès que je donne des exemples, alors mes interlocuteurs comprennent immédiatement de quoi il s'agit et se mettent à raconter leurs propres expériences. Leurs réactions me font dire que ces phénomènes sont en réalité assez courants. En voici quelques-uns :

Je suis en train de regarder par la fenêtre, l'esprit inquiet, amer, oublieuse de tout ce qui m'entoure, remâchant peut-être quelque préjudice infligé à mon prestige. Quand soudain je remarque le vol d'un épervier. Et voici que tout change en un instant. Le moi ruminant sa vanité blessée s'est évanoui. Seul demeure cet épervier qui plane. Et si je viens à repenser à l'idée qui me préoccupait auparavant, il me semble tout à coup qu'elle a perdu sa gravité3.
Je devais avoir près de 18 ans. C'était une journée lumineuse, un peu avant midi. […] Je me promenais devant les maisons basses et toutes blanches de la petite ville. Ce qui se passa fut tout à fait inattendu. Une transformation subite de la ville. Tout devenait à la fois profondément réel et profondément irréel. […] Quelque chose de tout à fait neuf dans la lumière, virginal dans la lumière, un monde inconnu et qu'il me semblait connaître éternellement […]. Une joie débordante surgissait de mes profondeurs, chaude et comme