L'attention ne figure pas dans les listes classiques de vertus proposées par les philosophes et les théologiens1 qui ont développé la notion de vertu. Et pourtant, ne mériterait-elle pas d'en faire partie ? Ne serait-elle pas également une disposition permettant de progresser dans une vie vertueuse dans toutes ses dimensions – personnelle et sociale, morale et spirituelle – où se côtoient le travail et la grâce ? Attachons-nous à démontrer dans quelle mesure l'attention est une vertu en soi et comment elle permet de perfectionner la vie vertueuse.

L'attention comme vertu

Même si tous les auteurs qui ont traité de la vertu jusqu'à sa remise en valeur, ces dernières décennies, ne l'ont pas fait de manière uniforme, on peut toutefois percevoir un sillon commun qui va de Platon et surtout Aristote à saint Thomas d'Aquin en passant par saint Augustin : celui de voir en la vertu une « disposition par laquelle un homme devient bon et par laquelle son œuvre est rendue bonne2 ». Adossée à la visée qui est le bonheur (personnel et communautaire), la pratique de la vertu permet de développer dans le temps des actions volontaires et réfléchies pour l'atteindre.

Thomas d'Aquin et la théologie traditionnelle ont repris le concept en développant la notion d'habitus (mal traduite en français par le terme « habitude » qui suggère une forme d'automatisme passif), résultat d'une décision volontaire et ferme qui « s'enracine dans la connaissance lucide du