Le Père Rimaud nous a quittés le 24 décembre dernier. Il avait confié à un proche : « Je me prépare à aller chanter avec mes amis Jacques Berthier, Christian Villeneuve et Patrice de La Tour du Pin. » Mais l'écho de son chant continue de porter le nôtre, à travers ses compositions dont plusieurs sont aujourd'hui des « classiques » de nos célébrations. Jusqu'au bout, il servit le chant liturgique en mêlant poésie et mystique, et participa à la traduction de tous les rituels issus de la réforme de Vatican IL Nous remercions la revue Catéchèse de nous avoir autorisés à reproduire ici une partie de l'article que Didier Rimaud avait lui-même écrit dans le numéro 167 (février 2002) de cette revue, consacré à « Art et foi : la création comme expérience de foi ».

Comment écrire une hymne ? Y a-t-il un art spécifique d'écrire le texte d'un chant destiné à la prière du peuple chrétien, si telle est bien la définition que l'on peut donner de l'hymne liturgique ? Puisque le texte de l'hymne est un poème, sans doute va-t-il naître comme tout autre poème ? Y aurait-il une spécificité de l'art de l'hymne ? Avec cette question, je suis allé un long moment marcher dans une belle oliveraie en terrasse, comme pour interroger les oliviers dans la lumière d'un crépuscule du soir : comment faites-vous pour avoir ce feuillage ? Et comment se fait-il que vous donniez des olives ? Évidemment, ils ne m'ont rien répondu. Mais j'ai entendu bouger dans ma mémoire ce qu'écrivait Patrice de La Tour du Pin à la fin d'un de ses Psaumes : « ... Je fais mon poème comme un frêne ses feuilles : / Pas la lumière, un frêne n'en fait pas » 1. Et le poète m'a dicté ma prière : « Je t'en supplie, Seigneur, joue sur mes feuilles, Avant de me reprendre tout entier chez toi. »
Qui saurait dire comment naît le poème ? Je peux avoir vu mille fois des fleurs de nénuphars sur des étangs sans qu'elles me disent rien ; et un jour, dans un jardin botanique d'Extrême-Orient, un lotus m'étonne et me fait écrire :

« La fleur de lotus Est si belle Au ras de l'eau Qu'un bouclier La protège De son reflet. »
 
Je peux avoir perçu mille fois le cri nocturne de la chouette, comme s'il ne m'était pas adressé ; et un soir de Provence, en fermant les volets, son hululement me blesse :
 
 
« À l'orée de la nuit, La chouette, Solitaire, Interpelle une étoile Qui ne lui répond pas. »

Je peux avoir des milliers de fois tendu les mains avec respect, main gauche posée sur main droite, comme pour former un trône royal, et avoir autant de fois répondu « Amen » à qui me donnait à manger le corps du Christ ; mais un jour, cet Amen routinier germe en moi, s'enracine et devient :

« Ne goûter qu'au seul corps qui ait le goût du pain, Ne boire qu'à la coupe où l'on boit le seul sang, Se greffer au seul...
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