Au cœur de l'Évangile, Jésus pose cette question à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16, 15 ; Mc 8, 29 ; Lc 9, 20). La prédication et la catéchèse récentes ont beaucoup insisté sur cette interrogation centrale : les chrétiens sont interpellés pour formuler une réponse libre et personnelle à la provocation de Jésus. Mais donner une telle place à cette question, c'est peut-être aussi mettre particulièrement l'accent sur la subjectivité (« Qui est Jésus pour moi ? »), au détriment de l'objectivité (« Qui est Jésus ? »). Notons d'ailleurs que la traduction française de cette question utilise trois fois le pronom personnel « vous », là où le grec ne l'emploie qu'une seule fois.
Cette insistance sur une réponse personnelle n'est pas problématique en soi. Elle constitue même une caractéristique heureuse de notre époque, un véritable « signe des temps ». Il convient cependant de souligner que le XXe siècle et sans doute aussi le début du XXIe siècle sont traversés par une question complémentaire : qui est Jésus, historiquement ? Que sait-on « vraiment » de lui ? Peut-on être certain que les témoignages que nous livrent les évangiles ne sont pas, en quelque sorte, édulcorés par la foi des premiers disciples ?
Ces interrogations sont caractéristiques de la modernité. On pourrait évoquer les débuts de l'imprimerie, qui ont rendu le texte biblique accessible au plus grand