Comment Jésus habitait-il le temps ? Il est difficile pour l'homme du XXIsiècle de dire ce que pouvait ressentir celui du Ier siècle. La lecture des évangiles permet de révéler comment Jésus s'est laissé porter par les rythmes sociaux et religieux de son temps, mais aussi comment il s'est accordé au rythme de Dieu pour entrer dans son dessein de salut.

Comment Jésus habite-t-il le temps ? D'emblée, il nous faut reconnaître l'écart qui nous sépare de ce que pouvait ressentir un homme du Ier siècle de notre ère. Grand est le risque de commettre des anachronismes. Ils peuvent être remplis de bonnes intentions mais ils nous en diront sans doute plus sur notre temps que sur celui de Jésus lui-même. Nous essaierons de partir du plus incontestable pour aller vers le plus insaisissable et délicat, la spécificité de l'homme Jésus dans son caractère propre, tel que nous pouvons essayer de mieux le cerner à partir du matériel évangélique.

Au rythme des saisons

Jésus vient du monde rural galiléen. Et les métaphores et les images venant du rythme de la campagne viennent spontanément dans sa bouche. Jésus évoque la patience du paysan qui sème et espère en une bonne récolte (cf. Mc 4,3-9). Celle de celui qui a semé et doit attendre patiemment que la graine pousse et donne du fruit : « Il en est du royaume de Dieu comme d'un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et, dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé » (Mc 4,26-29). Les biblistes sont interloqués que cette parabole soit la seule que Matthieu et Luc n'ont pas reprise de Marc, évangile qu'ils respectent pourtant au point d'en reprendre la quasi-totalité. Il y a une inéluctabilité du dessein de Dieu qui passe les sommeils humains. Jésus connaît le temps des semailles et celui de la moisson, ces deux extrémités du travail agraire. L'évangile de Jean contient lui aussi des passages s'enracinant dans ce rythme-là. « Ne dites-vous pas : "Encore quatre mois et ce sera la moisson" ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson » (


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