Ils adorent !
Norbert, Ghislaine, Sébastien ont entre 15 et 25 ans. Avec tant d’autres, ils le disent et le redisent : ils adorent !
« J’ai été à l’action entre les peuples, le week-end dernier. Ça, j’adore… » (Norbert).
« La garde d’enfants. J’en fais deux fois par semaine. Et puis, c’est trois petites filles. J’adore, j’adore aller là… » (Ghislaine).
« Je vais vous dire, la musique… je sais pas… en tout cas, moi, c’est quelque chose que j’adore. J’adore ça, j’adore, j’adore. Je me lève, j’allume la musique. Euh, dans ma chambre, il y a de la mu­sique. Parce que moi, quand je rentre dans ma chambre, y a de la musique. Je suis content. (…) Cette espèce d’omniprésence, tout le temps, c’est rassurant. Je ne sais pas si vraiment… Enfin, ça me rassure, mais en tout cas je suis bien. Je suis bien quand il y a de la musique » (Sébastien) 1.
Ils adorent l’humanitaire, les enfants, la musique… D’autres di­sent, avec la même candeur, qu’ils adorent les jeux vidéo, une star de la télé, une vedette de cinéma, un champion sportif… Pas besoin d’être un grand sociologue pour reconnaître qu’on adore beaucoup aujourd’hui, et qu’il y a là, sans doute, bien des idoles implicitement ou explicitement reconnues à leurs injustes valeurs !
De tels engouements seraient-ils à mettre sur le même plan que ces nouvelles addictions dont beaucoup 2 constatent les mani­festations contemporaines : addiction aux jeux, cyberdépendance, dépendance affective, addictions sexuelles, achat compulsif, addiction aux nouvelles thérapies… ? Ces nouvelles dépendances suscitent parfois des sourires, mais derrière le caractère apparemment ano­din de ces emprises, certains affirment qu’elles sont le symptôme de pathologies plus graves. Ainsi le professeur Michel Reynaud de l’Hôpital Brousse à Paris :
« Toutes les addictions sont une dérégulation des mécanismes naturels de prise de plaisir et de contrôle de la souffrance. Le plai­sir peut être provoqué par la nourriture, les relations sexuelles, l’affection. Le plaisir peut être aussi sublimé dans une activité. Il y a d’autres façons encore de se faire plaisir : le jeu, les achats… Ces plaisirs naturels peuvent devenir excessifs et se transformer alors en anorexie-boulimie, addiction sexuelle, jeu pathologique ou encore achat maniaque. Une autre addiction plus subtile est la relation amoureuse. Certaines personnes, par exemple, replongent de manière répétitive dans des passions à répétition. Les addictions aux produits correspondent à une dérégulation brutale de ces mé­canismes de gestion des plaisirs et des émotions par la dépendance à l’alcool, au tabac, au cannabis… »
« Dérégulation » ! Comme si, aujourd’hui, certaines « règles du jeu », socialement nécessaires, avaient volé en écl...
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