« L'âme est symphonie. » Dans sa « Lettre aux prélats de Mayence », en 1179, Hildegarde de Bingen (1098-1179) ne manque pas de le réaffirmer au chapitre cathédral de la ville éponyme. L'affaire est d'importance. Le monastère de Rupertsberg, dont elle est l'abbesse, est frappé d'interdit. Un chevalier avait demandé à y être enterré, quelques mois auparavant. Il était publiquement excommunié. Le couvent avait eu l'assurance qu'il avait fait pénitence, qu'il avait retrouvé sa place dans la communauté des croyants et lui avait offert une sépulture chrétienne. Le diocèse dont dépend le monastère, non informé de cette repentance privée, exige l'exhumation, ce que refuse l'abbesse. Les moniales n'ont plus le droit de chanter. Un moindre mal, semble-t-il. Qu'est ne plus chanter quand communier est impossible (même si la communion est bien moins fréquente au XIIe siècle que postérieurement) ? Qu'importe de ne plus accompagner les voix du psaltérion dans l'église, si les sacrements ne peuvent être administrés ?
Mais c'est que « la nature de l'âme est symphonique », comme l'écrit Hildegarde de Bingen dans maintes de ses œuvres. Si ce n'était qu'une métaphore, l'abbesse ne transformerait pas sa « Lettre » en un long plaidoyer en