Sara, Élisabeth… mais aussi Rébecca, Anne mère de Samuel et même la vierge Marie : la Bible évoque plusieurs femmes devenues mères alors que c’était, à vue humaine, impossible. Dieu est intervenu en leur faveur pour faire jaillir la vie. Tant mieux pour elles… Et alors ? Tant mieux pour nous aussi ! Car ce qui arrive à ces femmes, ce qui arrive à ces couples, va bien au-delà de leur histoire personnelle. L’enfant qui leur est donné préfigure un peuple et représente, pour tout croyant, une promesse de vie plus forte que le mal et le malheur. Arrêtons-nous plus particulièrement sur l’histoire de deux femmes, l’une de l’Ancien, l’autre du Nouveau Testament : Sara et Élisabeth.

La honte et la détresse de la femme stérile


Dans les temps anciens, la stérilité est un très grand malheur, et de surcroît une honte. Le but principal du mariage est la procréation, qui garantit la continuité de la lignée. Un homme qui prend femme attend d’elle qu’elle lui enfante des descendants, de préférence des fils ! « Épouse stérile » semble une contradiction dans les termes. « Lorsque l’enfant ne paraît pas », c’est le drame. La stérilité appelle aussi, dans la mentalité primitive, l’idée d’une punition. Si une femme n’enfante pas, c’est qu’elle a déplu aux dieux. Le soupçon s’ajoute au malheur : n’y aurait-il pas une faute cachée, remontant peut-être aux ancêtres ? La stérilité est une disqualification religieuse, sociale et personnelle. Mais pourquoi la stérilité est-elle toujours rapportée à la femme ? Les raisons sont à la fois « scientifiques » et symboliques. Les peuples anciens n’ayant pas les mêmes connaissances que nous à propos de la fécondation, ils n’identifient clairement qu’un seul motif de stérilité masculine : l’impuissance. A contrario, le rôle de la femme dans l’engendrement est si évident qu’on lui fait porter toute la responsabilité de la stérilité du couple.

Dieu maître de la vie et de la fécondité


« Voici que le Seigneur m’a empêchée d’enfanter », affirme Sara (Gn 16,2). Si choquante que cette interprétation soit pour nous, elle correspond à la mentalité primitive. Les premiers rites religieux dont nous avons gardé trace sont destinés à obtenir la fécondité de la terre, du bétail et des femmes : c’est une question de survie ! Fragile et limité, l’homme cherche à se concilier la faveur d’êtres supérieurs par des rites, des prières et des sacrifices. La Bible confirme que Dieu est le créateur, le maître de la vie. Mais sa bienveillance ne s’achète pas. Dans l’histoire de Sara et d’Abraham son époux, la promesse d’une descendance et le don d’une terre sont liés à l’Alliance, c’est-à-dire à une relation interpersonnelle, un engagement mutuel. « En ce jour, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham en ces termes : “C’est à ta descendance que je donne ce pays” » (Gn 15,18). L’homme est invité à donner bien plus que ses richesses : sa confiance. Or la confiance suppose une forme de...
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