Vouloir traiter ce sujet brièvement est une gageure, du fait de sa complexité, mais plus encore en raison des interprétations contrastées auxquelles il donne lieu. Pour certains, la cause est en­tendue : l’Église catholique a condamné, emprisonné et martyrisé Galilée, un astronome génial qui avait démontré que la Terre tourne autour du Soleil, ce qu’elle refusait d’admettre au nom des Écritures. Pour d’autres, « l’affaire Galilée », dont bien sûr les jésuites sont les principaux protagonistes, est un tournant symbolique. Pour d’autres encore, les choses doivent être au contraire réexaminées. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux et, depuis une vingtaine d’années, les articles et les livres allant dans ce sens se multiplient.
 

L’autorité du Collège romain


Grâce à leurs préoccupations scientifiques et pédagogiques, les jésuites ont rapidement été conduits à réfléchir aux problèmes épistémologiques qui se posaient alors, à distinguer le simple re­cours à l’expérience et les expérimentations, et à montrer que ces deux conceptions donnent à l’expérience des fonctions différentes. En effet, si, dans le premier cas, les expérimentations a posteriori tendent à rendre évidents à l’intellect les principes théoriques, dans le second, en revanche, elles sont la pierre de touche des hypothèses et s’inscrivent dans la dynamique de la recherche.

L’importance du Collège romain

Christoph Clavius, qui enseigne les mathématiques depuis 1563 au Collège romain, a joué un grand rôle dans l’élaboration d’une culture mathématique propre au milieu jésuite et tenu une place importante dans un réseau où l’on rencontre les principaux mathé­maticiens de l’époque et quelques figures princières. Après 1580, le Collège romain commence une réflexion sur l’enseignement des mathématiques et Clavius remarque que, celles-ci n’ayant pas dans la Compagnie la place qui devrait leur revenir, les jésuites ont du mal à participer aux débats contemporains.
Pour pallier cette lacune, il obtient une place convenable des ma­thématiques dans le programme des études et crée une académie de mathématiques. Pendant ces débats, Clavius et une équipe de jeunes professeurs poursuivent un travail scientifique de premier plan. Ce sont ces hommes qui s’entretiendront avec Galilée et qui compteront parmi leurs étudiants Matteo Ricci qui rejoignit l’Asie en 1579.

Le recours à Aristote

Clavius pense qu’il faut non seulement développer les sciences de type mathématique, comme l’optique et l’astronomie, mais leur assurer un statut égal à celui de la philosophie naturelle – en d’autres termes : la physique. Cette requête est hardie, car cette discipline jouit du prestige que lui a donné Aristote.
Pour un aristotélicien, les mathématiques, dans la mesure où elles ne fournissent que des modèles donnant le comment et non le p...
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