À quoi bon voter ? La question revient de plus en plus, y compris dans les paroisses françaises. Bien sûr, les catholiques entendent l'Église leur rappeler que « la politique est la plus haute forme de charité », qu'ils ont reçu par leur baptême la mission de participer à construire le bien commun et que c'est un devoir chrétien, a minima, de voter. Ils savent par ailleurs qu'en refusant de prendre part aux élections ou à la vie politique, ils en laisseront d'autres imposer leurs propres projets politiques. Ils sont également conscients du risque de passer pour des enfants gâtés, à côté des citoyens d'autres pays qui se battent encore pour exercer ce droit. Mais voilà : ces bonnes raisons ne suffisent plus.

Le spectacle offert par la vie politique suggère plutôt de passer son chemin. Les partis rivalisent dans l'instrumentalisation des frustrations de leur électorat. Les élus semblent dépenser leur énergie à proclamer des slogans, à régler leurs comptes avec leurs concurrents et à manœuvrer dans l'ombre, sans qu'on puisse voir en quoi ils représentent alors celles et ceux qui les ont élus. Une seule loi compte : celle d'un marché mondialisé et concurrentiel, qui impose de facto ses règles et sa vision de la vie humaine et sociale. Faut-il entretenir l'illusion que le peuple est souverain, et que la voix de chacun et de chacune compte ?

La question n'est pas rhétorique. Le risque de devenir complice d'un système prétendument démocratique à bout de souffle, en le soutenant