Pour matérialiser le temps, les hommes ont inventé toute sorte de techniques. On est passé des clepsydres aux cadrans solaires et des horloges analogiques (à aiguilles) aux horloges numériques. Sur ces dernières, l'heure s'inscrit sous forme de quatre chiffres. Le temps est comme en suspens, sans référence au passé ni au futur, et chaque minute acquiert une valeur singulière. Si je dois prendre un train à 17 h 58, inutile d'arriver à 18 h 00. Deux affichages ne sont jamais équivalents, surtout si l'horloge indique le jour. Les horloges analogiques (à deux, voire à trois aiguilles parcourant un cadran circulaire) déroulent au contraire le temps sur un espace où passé, présent et futur coexistent. Ces deux représentations renvoient à deux manières de se rapporter au moment présent : soit comme simple fragment de temps insaisissable, soit comme centre du temps relié au passé et à l'avenir.
Tel est bien le paradoxe du moment présent ! La Bible affronte ce paradoxe où le présent tantôt s'articule au passé et à l'avenir, tantôt, dans la réflexion sapientiale, ne connaît ni avant ni après. Le texte sacré nous livre la quintessence de sa réflexion sur l'instant dans un certain nombre d'expressions telles qu'« aujourd'hui », « maintenant », « le jour de YHWH », « le bon moment », etc.


Aujourd'hui


Pour articuler le présent sur le passé, la tradition juive comme la tradition chrétienne recourent fréquemment à l'expression « aujourd'hui ». Mais il existe plusieurs façons de procéder. D'un côté, des nostalgiques regrettent de n'avoir point participé à l'exode ou de n'avoir pu approcher Jésus. Même si les relations entre YHWH et Israël se sont nouées dans des événements fondateurs, c'est dans le présent que tout se joue. Ni le passé ni l'avenir ne sauraient dispenser d'affronter l'instant présent, comme le montrent les différentes modalités de Y aujourd'hui dans la Bible :

• L'aujourd'hui de l'alliance. Commençons par un texte capital en la matière : « Ce n'est pas avec nos pères que YHWH a conclu cette alliance, c'est avec nous, nous qui sommes là aujourd'hui, tous vivants » (Dt 5,3). Voilà qui coupe court à toute idéalisation du passé, et singulièrement à l'événement du Sinaï. Le moment fondateur est complètement dévalué au profit du moment de refondation, et les ancêtres sont logés à la même enseigne que les contemporains. Ce qui importe, ce n'est pas d'avoir participé à l'événement fondateur, mais de conformer sa vie à l'alliance, et rien ne sert d'avoir vécu des expériences extraordinaires si elles ne trouvent aucune résonance dans le présent.

• L'aujourd'hui de la liturgie
. Le mot aujourd'hui parsème les répons ou les oraisons de nos liturgies, surtout lors des fêtes : « Aujourd'hui, le Roi des deux a daigné naître de la Vierge Marie », disons-nous à Noël, puis, à l'Epiphanie, pour marquer l'actualité du mystère : « Dieu qui aujourd'hui nous as révélé...
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