Quatre cent cinquantième anniversaire du passage à Dieu d’Ignace de Loyola, cinq centième anniversaire de la naissance de François Xavier et Pierre Favre, qui fondèrent avec lui la Compagnie de Jésus : Christus, de bien des façons, accompagne ces derniers mois la commémoration de ces hommes. C’est qu’elle nous permet de faire retour à ce qui est vivant en nous de ce qu’ils nous ont transmis, et d’y puiser un nouveau souffle, un nouvel élan pour aller vers Dieu et les autres.
Ces pages reviennent sur la manière de procéder qu’on appelle la « spiritualité ignatienne », en suggérant ici des voies d’accès pour qui la connaît peu ou en incitant celui qui en vit à entendre à nouveau ce qui peut prendre une saveur et un poids inégalés dans l’existence du disciple de Jésus. Je prendrai comme porte d’entrée les Exercices spirituels : ils invitent à accueillir la joie qui vient de Dieu, en recevant de Dieu d’aimer davantage, au coeur du monde créé par Dieu.


Dans la tradition chrétienne, toute spiritualité particulière n’est authentique que par la manière dont elle passe par le Christ pour mener au Père. La spiritualité ignatienne ne fait pas exception à cette règle, et elle vaut par la racine évangélique à laquelle elle se rattache. Sa particularité tient à la manière dont elle met chacun d’entre nous en relation avec le Christ.
 

L’appel du Christ


Les Exercices spirituels visent à se déterminer pour Dieu par la contemplation du Christ des Évangiles. Comment procède le texte ? D’emblée, il propose de faire l’expérience de l’appel que lance Jésus à tout homme. Le Seigneur est celui qui s’adresse à chaque personne en particulier, à ceux qui sont nommés avec tendresse « ses serviteurs et amis » (Ex. sp. 146) 1. Il veut les associer à la grande entreprise de salut du monde à laquelle la vie du Christ mort et ressuscité peut être ramenée (95). À leur manière, et dès le début, les Exercices constituent comme un écho, comme une caisse de résonance intérieure à l’appel lancé aux disciples dans l’Évangile.
C’est ainsi qu’Ignace engage à s’adresser au Christ en croix, en un long colloque 2. Avec audace, l’imagination du retraitant est sollicitée, pour qu’il se représente ce moment de la Passion : « Imaginant le Christ Seigneur devant moi et mis en croix, faire un colloque : comment, de Créateur, il en est venu à se faire homme, à passer de la vie éternelle à la mort temporelle, et ainsi à mourir pour mes péchés » (53). Dolorisme, insistance sur les péchés, complaisance à s’appesantir sur les plaies du Crucifié ? À l’évidence, ce n’est pas le propos d’Ignace, qui convie le retraitant, immédiatement après, à un examen personnel décisif et positif : « De même, me regarder moi : ce que j’ai fait pour le Christ, ce que je fais pour le Christ, ce que je dois faire pour le Christ. Puis le voyant dans cet état, suspendu ainsi à la croix, parcourir ce q...
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