« Bonne nuit mon enfant, à demain matin. » Ces mots ont pour moi le goût de l'enfance, prononcés, presque psalmodiés, par une tante, aimée, aimante ; mots attendus à chacun de ses séjours, mots répétés d'année en année, préservant le lien entre départ et retour, absence et présence, soir et matin. La voix qui les portait reste toujours présente en moi, des décennies plus tard. Pourtant rien d'extraordinaire, me direz-vous. Seulement de l'ordinaire. Mais la voix de cette tante ne nous intimait pas, à mes sœurs et moi, l'ordre d'aller nous coucher mais elle nous accompagnait, par sa vibration, son chant, à l'inouïe tâche de convertir nos cauchemars familiers en confiance et joie. Au moment même où l'enfant que j'étais allait glisser dans le sommeil, au risque du noir, du vide, du nu, elle garantissait la présence affectueuse et joyeuse de cette autre, « le tout proche », sans attente à mon égard, sans autre désir que celui d'une nuit douce et bienveillante et la promesse du lendemain. Alors, il devenait plus doux de se porter soi-même, jusque dans les ténèbres, dans la confiance d'être remis au jour du monde, au matin suivant.

Entre nuit et jour, nous sommes appelés à vivre cette