« Il s'agit ici de se laisser éprouver par le texte biblique sans essayer d'en adoucir les aspérités, de le lire au pied de la lettre, c'est-à-dire, littéralement, de se mettre au pied de chacune de ses lettres […] pour entendre ce qui s'y exprime et qui est toujours autre que ce qu'on y cherche » (p. 11). Voilà la perspective choisie par Élian Cuvillier pour étudier « ces textes bibliques qui nous résistent », à savoir passages difficiles, obscurs ou controversés, dont la valeur pour la foi chrétienne apparaît problématique.
De la question de l'impardonnable « péché contre l'Esprit saint » (Mc 3, 28-30) jusqu'au règne de mille ans de l'Apocalypse (Ap 20, 1-10), en passant par la question de la pseudépigraphie et du rôle de la femme dans la tradition paulinienne, l'auteur fait le tour du Nouveau Testament à travers treize essais, qui sont souvent la reprise d'articles déjà publiés.
Chaque chapitre est indépendant et est consacré à un passage épineux spécifique, qui est analysé avec rigueur à travers les instruments de l'exégèse, mais aussi en dialogue avec des voix de la psychanalyse et de la philosophie, comme Jacques Lacan, Jacques Derrida et Giorgio Agamben. La lecture est facile et accessible pour des non-spécialistes, avec des explications du langage technique. Les interprétations sont originales et donnent à penser ; en même temps, elles ne feront pas forcément le consensus, surtout dans certaines relectures plus philosophiques, qui partent certes toujours du pied de la lettre, mais qui peuvent s'avérer plus risquées ou éloignées de la source.
La conclusion offre finalement une réflexion intéressante sur la relation entre la « grammaire » du texte biblique, où « se donne à entendre la chose dont il est question dans la Bible », et « les énoncés eux-mêmes qui la véhiculent et qui sont historiquement datés » (pp. 180-181).