Annick SOUDANT-ROQUETTE Assistante sociale en maison de retraite et en service de convalescence, CVX, Tourcoing.  
 
Christus : À quel moment, chez les personnes âgées, apparaît la question de l’héritage ?
Annick Soudant-Roquette :
Surtout au moment où elles entrent en maison de retraite, à la suite d’un problème de santé diminuant leur autonomie. Ce qu’elles me disent alors est absolument étonnant. Car, pour la plupart, cet emménagement ne correspond pas à leurs souhaits. Il y a souvent une distorsion entre l’état de santé réel de la personne âgée et la conscience qu’elle en a. Il faut qu’elle passe désormais par une dépossession de soi, à commencer par une dépossession effective de ses biens – ce qui est très douloureux. À telle enseigne que bien des enfants se sentent extrêmement coupables d’avoir à faire cette démarche, ayant toujours plus ou moins promis à leurs parents de ne jamais les mettre en maison de retraite… Mais comment faire autrement lorsqu’on ne peut plus rentrer chez soi ? Il y a d’abord un temps d’hospitalisation en convalescence – un temps d’habituation, de réflexion, de mise en condition psychologique ; puis un temps d’entrée définitive en maison de retraite, qui est aussi difficile pour la personne que pour sa famille. Pour la personne âgée parce qu’elle va être effectivement plongée dans un milieu différent du sien, parce qu’elle abandonne son indépendance, son lieu de vie, ce qui peut tout à fait s’apparenter à un deuil. La famille aussi doit faire le deuil de l’indépendance de son parent. Consciemment ou pas, cela joue comme un miroir par rapport à soi. On ne peut s’empêcher de penser qu’après leur tour, viendra le nôtre.
 

Une brutale dépossession

Christus : Comment pense-t-on alors l’héritage des biens ?
A. Soudant-Roquette : Je trouve que cette question est de moins en moins anticipée. D’abord parce que les personnes âgées n’ont pas toutes forcément beaucoup à donner. Quand on pense entrer en maison de retraite, on pense forcément finance, parce que c’est loin d’être bon marché. Je travaille dans une maison de retraite relativement correcte au niveau du prix : 2 000 € par mois. Les moins chères en France coûtent environ 1 600 € par mois. Rares sont les personnes qui reçoivent autant comme retraite. Et c’est là que se pose vraiment la question des biens restants. Le peu qu’il reste, en général, c’est la maison dans laquelle elles vivent, et qu’elles vont déjà devoir physiquement abandonner. Quelquefois, elles l’ont construite, ou y sont nées. C’était la seule chose qu’elles allaient pouvoir transmettre à leurs enfants. De surcroît, il faut taper dans les réserves : le Livret bleu, les petits plans d’actions, les assurances-vie, etc.
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